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Articles avec sevenadur

Jean V et la langue bretonne

par Andrev

publié dans Brezhoneg , Bretagne , Breizh , sevenadur

 

"D'ar 7 a viz here 1420, nebeud goude ma oa bet diframmet, gant e zujidi, eus a-dre daouarn Marc'harid Sklison, e tisklerias (an Dug Yann V) e felle dezhañ kaout e vez e-harz hini sant Erwan hag e c'hourc'hemennas kanañ un oferenn evitañ, bemdez, e iliz-veur Landreger ha lavaret evitañ pedennoù e brezhoneg raktal goude an oferenn-se (2).

Ar pezh a ouzer c'hoazh eo kement-mañ: er bloaz 1429, Yann ar Brug, eskob Landreger, a roe da anaout d'ar Pab ne ouie ket a vrezhoneg, hini eus a eskibien Landreger, pell a oa, ha meur a hini zoken ne oant ket genidik eus a Vreizh ha setu perak ne joment ket er vro, hag an eskopti, daou ugent vloaz a oa, a oa renet gant Yann Nandillac, vikel vras.
Er bloaz 1431, kannaded Yann V a gasas da Eujen IV, nevez anvet pap warlerc'h Marzhin V, klemmoù pennadurezhioù eskopti Landreger a-eneb ar veleien ne ouient ket a vrezhoneg hag a veze anvet da bersoned e parrezioù Breizh-Izel (3).
Sklaer eo eta, Yann V, ma ne ouie ket vrezhoneg (4), a ouie da vihanañ hen harpañ e Breizh koulz hag e Rom. Un dra bennak eo met n'eo ket a-walc'h: ret e vije bet dezhañ ouzhpenn ober anezhañ yezh e lez, yezh e skolioù, yezh c'houarnamant, yezh Breizh-Uhel koulz ha yezh Breizh-Izel rak, n'eus ket a ziv bobl e Breizh: en hent-se en divije saveteet daou dra: ene Breizh hag e dron; o vezañ ma n'en deus ket gouezet diazezañ e dron war roc'h kalet ar yezh, e dron a zo bet skubet dek vloaz ha pevar ugent hepken goude e varo."
 
Yann-Vari Perrot, Feiz ha Breiz Gouere-Eost 1942 -
bet laket ganin er skritur a-vremañ
 
 
On voit dans cet extrait de "Feiz ha Breizh" de Juillet 1942, que le Duc Jean V avait souci de la  langue bretonne, au XVe siècle, ainsi que certains membres du clergé et de la noblesse, tandis que les évêques et d'autres éminences du siècle ne l'encourageaient pas. L'auteur de cet article, Yann-Vari Perrot, prêtre du Léon, fait remarquer aussi que nos souverains auraient dû avoir un politique linguistique cohérente et voit dans ce  manque une des causes de la chute de la Bretagne et de son trône. Ce déclin a sans doute commencé au lendemain des dévastations vikings, quelques 500 ans avant le règne de Jean V.
Notons aussi l'association langue / âme du pays évoquée par l'auteur: on est loin de la vision utilitariste ou optionnelle de la langue, qui prédomine en ce début de XXIe siècle.
 
Voici la traduction de l'article.
 
"Le 7 Octobre 1420, peu de temps après qu'il soit arraché par ses sujets aux griffes de Marguerite de Clisson, (le Duc Jean V) voulut avoir son tombeau au pied de celui de saint Yves, ordonna qu'une Messe soit chantée pour lui chaque jour dans la cathédrale de Tréguier et que des prières en breton soit dites pour lui à l'issue de cette Messe (2). On sait qu'alors, en ce temps, la majorité des inscriptions religieuses dans les chapelles et églises, se faisaient en français (ndt)
"Ce que l'on sait aussi, c'est qu'en l'année 1429, Jean de Bruc, évêque de Tréguier, fit savoir au Pape que les évêques de Tréguier, depuis longtemps, ne connaissaient pas le breton, que nombre d'entre eux n'étaient même pas natifs de Bretagne, que c'était la raison pour laquelle ils ne restaient pas au pays et que, depuis 40 ans, c'était le vicaire général, Jean Nandillac, qui gouvernait le diocèse.
"En 1431, des émissaires de Jean V adressèrent au Pape Eugène IV, nouvellement élu à la suite de Martin V, les remontrances du clergé de l'évêché de Tréguier contre les prêtres qui ne connaissaient pas le breton et que l'on nommait dans les paroisses bretonnantes (3).
"Il est donc clair que Jean V, s'il ne connaissait pas le breton (4), savait aussi le promulguer, en Bretagne comme à Rome. C'est déjà une chose, mais ce n'était pas suffisant: il aurait dû en faire la langue de la cour (comme ce fut jadis, ndt), la langue des écoles, la langue du gouvernement, la langue de la Haute-Bretagne autant que celle de la Bretagne bretonnante, car il n'y a pas deux peuples en Bretagne. En prenant cette direction, il aurait sauvé deux choses: l'âme de la Bretagne et son trône; mais comme il ne sut pas l'asseoir sur le roc dur de la langue, le trône fut balayé seulement 90 ans après sa mort."
C'était, en tout cas, l'aboutissement d'un long processus multiséculaire, une dépossession de l'identité, la fin logique de la perte d'âme.
 
(2) "Premièrement, il fonda une messe quotidienne à notte devant la Tombe de saint Yves.
Deuxièmement, tous les jours, à la fin des Matines, sera sonnée la plus grosse cloche de la dite Eglise pour avertir le peuple de l'heure que la dite Messe commencera.
Troisièmement, fera le Prêtre, qui célèbrera la dite Messe,  prier pour Son Altesse et ce au langage du pays".
cf Albert Le Grand - édition 1901, p. 179
(3) Sellit ouzh / lire: Les Papes et les ducs de Bretagne par B.A. Pocquet du Haut-Jussé, p. 515
(4) An dug Hoel a Gernev, hag a rene etre 1066 ha 1084, a seblant bezañ bet, war a lavar Abeozen, hon diwezañ dug brezhoneger / Le duc Hoël de Cornouaille, qui régna entre 1066 et 1084, semble avoir été, selon Abeozen, le dernier duc bretonnant (Sterenn niv.7, p. 13)
 
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Ed du

par Andrev

publié dans Evit bevañ gant levenez , Bretagne , Breizh , sevenadur , inculturation

Ed du / Buckwheat / Blé noir (sarrasin)

Il est dit que notre maîtresse et souveraine Anne le ramena de Chine...

Mais il se peut aussi que nous l'ayons depuis bien plus longtemps.

"Condamné aux oubliettes

On estimait dans les années 1970 et 1980 que la disparition du sarrasin n’avait au fond aucune importance.

(...) Les gens ont bien le « droit » de ne plus manger cet affreux « blé noir » primitif, bon marché !

tennet eus La Lettre Santé Nature Innovation par Jean-Marc Dupuis

Ed du

(...) La production est passée de 400 000 tonnes à 20 000 tonnes entre 1918 et 1964 aux États-Unis, soit une baisse de 95 %. Et ce n’est qu’au bout de plusieurs décennies qu’on s’est aperçu pourquoi nos aïeux cultivaient et consommaient du sarrasin plutôt que du blé.

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(...) Le sarrasin, aux sources de l’agriculture biologique authentique

Les vertus du sarrasin deviennent évidentes dès qu’on le sème :

Le sarrasin a la propriété d’« ouvrir » le sol et de le nettoyer de ses mauvaises herbes. Les plaines agricoles infinies de la Russie et surtout des États-Unis furent défrichées sans Round-Up mais avec des semences de sarrasin, que les premiers colons américains avaient pris le soin d’emporter avec eux, et qui leur sauvèrent la vie.

Le sarrasin enrichit naturellement le sol en phosphate. Cela évite de déverser des engrais chimiques avec le risque d’empoisonner rivières et nappes phréatiques. C’est ce qui a permis de cultiver, et de mettre en valeur, des millions de kilomètres carrés de terres arides : dans les steppes de Russie, de Chine, du Kazakhstan, et dans les zones montagneuses où les céréales ne poussent pas, on cultive le sarrasin (qui, sur le plan botanique, n’est pas une céréale, mais une pseudo-céréale comme le quinoa et l’amarante).

Nos modernes « agriculteurs biologiques » découvrent une autre raison à l’antique popularité du sarrasin : il réduit les populations de Verticillium dahliae, une bactérie qui casse le rendement et la qualité des pommes de terre. Le sarrasin permet donc d’éviter les traitements modernes contre cette maladie, la verticilliose, qui sont peu efficaces et très polluants. On comprend enfin pourquoi nos grands-parents, qui pratiquaient l’assolement des cultures, semaient du sarrasin avant de planter des pommes de terre l’année suivante !

Enfin, le sarrasin attire les pollinisateurs et nourrit une faune diversifiée : c’est le garant d’une saine biodiversité dans les campagnes. Les abeilles l’adorent et en font un des meilleurs miels qui soient, sombre et très goûtu.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle le sarrasin ne fut pas seulement populaire en Occident.

(...) C’est avec lui qu’on fabrique les délicieuses nouilles japonaises appelées soba, très populaires aussi en Corée. Dans les pays himalayens, on en fait une sorte de bouillie (gruau). En Europe de l’Est et en Russie, on en fait de la kacha : grains décortiqués et rôtis.

Dun point de vue nutritif et culinaire, également, le sarrasin est bien plus intéressant que le blé.

Il a une riche saveur de noisette. Il ne contient aucun gluten. Il peut donc être consommé par les personnes souffrant de maladie cœliaque (intolérance au gluten) comme par toutes les personnes hypersensibles ou malades qui cherchent à réduire leur niveau d’inflammation.

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Vertus du blé noir pour la santé

(...) Le sarrasin rassasie plus vite. Il contient plus de fibres solubles et a donc un effet bienfaisant sur les intestins. Le sarrasin est beaucoup plus digeste que le blé.

Les populations qui mangent du sarrasin à la place du blé ont d’ailleurs moins de problèmes de poids, moins de diabète, moins de cancers.

De nombreuses études ont cherché à déterminer pourquoi. Néanmoins, il semble que ce soit la synergie entre les nombreux composants du sarrasin qui expliquent cela : le sarrasin contient beaucoup de minéraux (notamment du magnésium, 200 mg pour 100 g de sarrasin seulement, mais aussi du phosphore, du manganèse, du zinc), de vitamines B et beaucoup d’antioxydants.

Il contient deux à douze fois plus de phénols, des antioxydants, que le blé, l’orge, le seigle et l’avoine, et est très riche en flavonoïdes, des dérivés de la catéchine et de l’épicatéchine (anticancer). L’industrie pharmaceutique extrait des fleurs et des feuilles du sarrasin des antioxydants divers, dont la rutine, la quercétine et les proanthocyanes – cela vaut la peine de le savoir, car je recommande régulièrement des compléments alimentaires qui contiennent ces produits. "

La Lettre Santé Nature Innovation par Jean-Marc Dupuis

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Merc'h Ryan

par Andrev

publié dans Iwerzhon , Ireland , sevenadur , Keltia , Angleterre

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Bihan ha bras

par Andrev

publié dans sevenadur , Breizh , Famille , Pays , Porc'hoed

 

C'est dans le particulier irremplaçable de ma famille, même déficiente, de mon village, de la voix de ma mère, de l’autorité de mon père, de la bienveillance d’un oncle ou d’un ami, de la proximité des ancêtres, du manoir, dans les bruits familiers de la nature et de la rue, de la continuité des métiers, des clientèles, d’un paysage, d’un pays, du bruissement des feuilles du bouleau dans la cour, qu'est sans doute la vraie démocratie, pour employer un terme à la mode: là je reçois la vie, le pouvoir de m’émerveiller, la force et l’envie de continuer, donc la vraie liberté, un héritage dans l’espace et le temps raisonnables pour affronter les difficultés, dans la cohérence d’un petit monde et à la charge de surmonter les conflits, les maladies des coeurs, les hérédités, les dangers intérieurs et extérieurs, la lourdeur du quotidien, l’austérité d’un monde perpétuellement sur son déclin... mais combien est beau cet automne du monde, quand l’homme participe à sa restauration: on le voit dans les différentes cultures où hommes et femmes font effort d’accepter les différents petits mondes où ils naissent et de ne pas se perdre dans des projets, des idéologies et des Etats au-dessus de leurs forces.

 

J’ai trouvé paradoxalement le monde où je suis né triste à mourir, et en même temps merveilleux: je commençai une longue agonie, mais porté par une présence diffuse: le pays autour de moi. Et j’ai encore du mal à m’en distancier, sans pour autant m’en séparer: là est l’enjeu: il me faut rester dans la réalité qui m’a été donnée sans m'y confondre. Trouver la force pour faire avec ce qu’il y a, et non pour fuir. Comme chrétien, tout m’est vraiment donné dans le Salut, mais la culture où je nais est presque aussi importante, en tout cas je ne peux en faire l’impasse. Pour moi, même parti de rien, Dieu me fait le cadeau de susciter un nouveau monde, une nouvelle culture. En Bretagne, nous avons à partir de presque rien, avec cependant le souvenir et les dictionnaires d’un monde disparu, comme un arrière-grand-père qui nous appelle à entendre sa voix. La Bretagne n’est plus, mais elle nous appelle: c’est la seule continuité, la seule cohérence qui nous reste en ce monde, et puis aussi d’autres pays comme la Pologne, elle aussi cependant en danger de disparition.

 

Le petit monde où je naquis est grand, même s’il est en train de mourir, car c’est ma référence la plus solide, c’est le monde particulier qui m’est donné pour recevoir la vie et la donner. La mémoire d’un pays, en particulier, ou encore celle d’une famille, sont peut-être des choses plus vivantes que celles du présent, sautant parfois plusieurs générations. Parfois, je ne peux relever le défi d’une difficulté, d’une succession, de parents médiocres ou d’ennemis dévastateurs, mais est-ce une raison pour aller ailleurs, par exemple en détestant mon «destin» ou en accusant les autres, ou encore en allant m’éclater à l’autre bout du monde ou dans les univers factices? Si je reste, je suis déjà gagnant, et je suis un auxiliaire de vie. Dieu est le Maître du temps et de la vie. Peut-être que je fuirai, peut-être que je partirai, que je m’évadrai un temps, peut-être aurai-je une terre d’exil, parce que la souffrance était trop grande pour moi. Mais ce sera pour revenir, et c’est semble-t-il le mouvement du monde d’aujourd’hui, à travers des forces contraires et furieuses. Si je correspond à l’intelligence que Dieu m’a donnée - parfois en dehors de l’Eglise visible - Il me donne la force de franchir montagnes et rivières, et je traverse feux et ouragans. Peut-être qu’un trop long temps ou un espace trop vaste, un océan d’oubli m’ont séparé de ma terre d’origine, de l’univers de mes pères: pourtant, j’essaierai de poursuivre là où je suis, parfois inconsciemment, le chemin commencé ailleurs, en d’autres temps; là où je me suis déporté ou ai été déporté, je continuerai, rivé sur le monde oublié. Notre monde est un monde de filiations, de continuité, de fidélité, de cousinages, de retrouvailles et de relative sécurité, si l’on reste à sa place, avec la force que Dieu nous donne. Ne comptons pas sur Dieu si nous avons abandonné notre famille, nos enfants, notre vie monotone, notre pays, nos origines, notre fierté: ce sont nos premiers mondes, les espaces où nous pouvons travailler et agir, contempler et nous reposer.

Bihan ha bras

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Porched ar Baradoz

par G.G.M.

publié dans sevenadur

 

Ar sevenadur a zo arvesterezh : dija eo porched ar Baradoz ; met gantañ ne reer nemet koll. Amañ ivez eo gwir lavarenn ar Salver : An hini a gollo e vuhez a c'hounezo anezhi. Darempredoù don a zo moarvat etre arvesterezh ha sevenadur. Krediñ a ran ne c'hell padout ur vuhez vanac'h, ur vuhez relijiel, nemet harpet war ur sevenadur gwirion, naturel ha dreistnaturel, denel ha relijiel. Maz eus bremañ ken bras reuz e buhez an Iliz eo dre n'o deus ar veleion sevenadur ebet ken, met deskamant hepken, ha c'hoazh, peseurt deskamant? Al lodenn vrasañ eus ar veleion a anavezan n'int ket gouest da gompren al latin implijet gant an Iliz, ha petra 'lavarin eus o anaoudegezh eus gresianeg an Emglev Nevez ? Beleion Kemper a soñj dezho bezañ graet un taol dispar o treiñ an avieloù diwar… ar galleg !

Da skouer, prizout ar c'han gregorian a c'houlenn sevenadur, ha sevenadur relijiel gwirion. Anat eo : ar venec'h a zilez ar c'han gregorian a zilez war un dro meur a dra all, ar soñj katolik, hengounel hag hollvedel war un dro, evit menozioù strizh hag amzeriat, dilezel a reont an arvestiñ hag a c'houlenn amzer gollet, evit an ober hag evit seblantoù an efedusted. 

 

Maodez Glanndour - Kregin Mor - Al liamm 1987, p.82

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La culture est contemplation : elle est déjà le porche du Paradis, là où l'on ne fait que perdre. C'est là aussi que s'applique la parole du Sauveur : Celui qui perdra sa vie la gagnera. Ce sont sans doute des liens profonds qu'il y a entre la contemplation et la culture. Je crois que la vie monastique, la vie religieuse ne peuvent durer qu'en s'appuyant sur une culture authentique, naturelle et surnaturelle, humaine et religieuse. S'il y a aujourd'hui tant de contradictions dans la vie de l’Église, c'est parce que les prêtres n'ont plus aucune culture, mais seulement de l'instruction, et encore ! quelle instruction ? La plupart des prêtres que je connais sont incapables de comprendre le latin en usage dans l’Église, et que dire de leur connaissance du grec dans le Nouvel Evangile ? Les prêtres de Quimper pensent avoir eu une idée de génie en traduisant les Evangiles… du français !

Par exemple, pour apprécier le chant grégorien, il faut de la culture, et une culture religieuse véritable. C'est évident : les moines qui délaissent le chant grégorien délaissent en même temps beaucoup d'autres choses : la pensée catholique, traditionnelle et universelle en même temps, au profit de pensées étroites et mondaines. Ils abandonnent la contemplation, qui demande de sacrifier du temps, pour l'action et des apparences d'efficacité.

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Gouel an Anaon

par G.G.M.

publié dans sevenadur , culture

Gouel an Anaon

" Ce qui anime cette volonté de déconstruction, c'est l'orgueil de l'homme qui voudrait que rien ne le précède, qui refuse d'avoir besoin de rien recevoir. Et cet orgueil - nous le constatons malheureusement dans nos propres vies, qui n'en sont jamais complètement indemnes - cet orgueil nous conduit irrémédiablement à nier le réel lorsqu'il nous oblige à reconnaître que nous ne pouvons nous suffire à nous-mêmes".

" L'appauvrissement de la culture dissout toute trace d'altérité, pour ramener les personnes à la plus pauvre des différences, la distinction numérique. Le retrait de la langue accompagne l'hégémonie de la technique et de l'administration."

La Nef - En quoi la crise de la culture, et au-delà de toute la société, est-elle la conséquence d'une rupture de la transmission, thèse centrale de votre livre?

François-Xavier Bellamy - La crise que nous traversons, sous toutes ses formes, me semble avoir une seule et même racine: dans nos sociétés occidentales, quelques générations ont refusé de transmettre à leurs successeurs ce qu'elles-mêmes avaient reçu. Il s'agit là d'un phénomène tout à fait inédit dans l'histoire des hommes: une immense majorité d'adultes en sont venus à penser qu'enseigner à leurs enfants le savoir, la culture, la morale, la religion dont ils avaient hérité avant eux, allait enfermer leur liberté et les priver de leur spontanéité. Cette rupture de la transmission, qui s'est opérée aussi bien à l'école que dans les familles, dans les institutions publiques comme dans l'Église, est la cause unique des nombreuses facettes de la crise que nous vivons: échec éducatif, érosion du lien social, isolement individualiste, fragilisation des familles... Même sur le terrain de l'économie et de l'environnement, nous vivons une rupture de la transmission.

Vous écrivez que cette rupture n'est pas due à un échec, mais est le résultat d'une volonté délibérée qui se manifeste clairement chez trois grands penseurs, Descartes, Rousseau et Bourdieu: pourriez-vous nous expliquer cela?

En effet, cette rupture de transmission est l'aboutissement d'un mouvement de fond, de très grande ampleur - qu'il sera sans doute difficile de résumer ici en quelques mots! Pour le dire simplement, je crois que nous avons raison de décrire la situation présente comme une crise; et cependant, contrairement à ce que l'on pourrait penser spontanément, cette crise n'est pas un échec, ni un accident. Elle est le résultat de la critique dont la modernité a fait son obsession. La modernité, vous le savez, commence avec le travail de Descartes, qui par l'effort du doute tente de se libérer de tout ce qui lui a été enseigné: pour la première fois, le fait d'avoir reçu une éducation apparaît comme une malédiction, dont l'esprit critique peut seul nous délivrer. Rousseau prolonge cette perspective en interdisant à l'adulte d'influencer l'enfant: il faut le laisser, pour ainsi dire, à l'état naturel, le protéger de l'inutile fatras de la culture. Bourdieu, enfin, accomplit cette dénonciation de la transmission, en la présentant comme l'occasion d'une discrimination, d'une ségrégation sociale. La condamnation qu'il développait dans Les Héritiers, un ouvrage paru il y a tout juste cinquante ans, habite désormais notre inconscient collectif...

Comment expliquer que de telles idées heurtant a priori le bon sens aient pu se concrétiser, malgré le désastre auquel elles conduisent et qui est maintenant patent?

Ce qui anime cette volonté de déconstruction, c'est l'orgueil de l'homme qui voudrait que rien ne le précède, qui refuse d'avoir besoin de rien recevoir. Et cet orgueil - nous le constatons malheureusement dans nos propres vies, qui n'en sont jamais complètement indemnes - cet orgueil nous conduit irrémédiablement à nier le réel lorsqu'il nous oblige à reconnaître que nous ne pouvons nous suffire à nous-mêmes. Cette négation peut durer jusqu'au moment où le réel se rappelle brutalement à nous: c'est ce moment que l'on appelle une crise.

Pourquoi, pour refonder la transmission, faut-il comprendre que la culture relève davantage de l'être que de l'avoir?

Nous décrivons souvent la culture comme un bagage: comme si l'école donnait les « acquis » nécessaires pour s'en sortir dans la vie, pour tirer son épingle du jeu sur le marché du travail. Quelle perspective réductrice! La culture n'est pas un outil qu'on stocke, elle est ce par quoi nous pouvons devenir nous-mêmes. Elle n'est pas accessoire, mais essentielle. Prenez la langue, qui en est la première forme: elle ne nous permet pas simplement d'exprimer une idée qui serait déjà formée en nous. Au contraire: les mots que nous avons reçus sont tout simplement la condition même de notre pensée. Ainsi, nous ne portons pas notre culture comme un bagage encombrant: c'est elle qui nous porte, et qui nous conduit jusqu'à notre propre liberté, jusqu'à notre être singulier.

La rupture de la transmission conduit à gommer toutes les différences: n'est-ce pas l'objectif d'une société de consommation mondialisée où les hommes ne sont plus que des consommateurs interchangeables, qu'ils vivent à Paris, New York ou Pékin?

Effectivement, la déconstruction de la transmission nous condamne à l'aliénation véritable, l'uniformité d'une société privée de ce qui peut seul faire naître des personnalités et des identités singulières. La mondialisation est l'une des formes que prend aujourd'hui cet appauvrissement culturel.

À partir de là, faites-vous un lien entre la destruction de la culture et l'expansion de l'idéologie libérale-libertaire qui se traduit aussi bien par la financiarisation de l'économie que par l'évincement des nations ou l'avancée de toutes les « lois sociétales » comme le "mariage pour tous"?

Bien sûr: dans tous les domaines se déploie une même volonté de déconstruction, dont la modernité espère voir surgir un grand vide qu'elle confond avec la liberté... Voilà son espoir secret: lorsque nous serons délivrés du fardeau de la culture, et ainsi rendus insensibles aux singularités de la nature, nous pourrons enfin construire seuls nos vies, à partir de rien. La première étape consiste à vider les mots de leur sens: ne plus pouvoir dire « homme » ou « femme », « vrai » ou « faux », « bien » ou « mal » - ne plus rien pouvoir dire, pour pouvoir faire n'importe quoi de notre existence: au fond, il s'agit, pour n'être plus déterminés par rien, de devenir complètement indifférents, indistincts. Et pour y parvenir, il faut commencer par combattre la langue elle-même: affirmer par exemple qu'un papa et une maman, c'est en fait la même chose, c'est vider ces mots de leur substance, et ainsi rendre impossible toute distinction, pour pouvoir agir n'importe comment, dans le vide ainsi créé. De la signification du mariage, il ne reste plus qu'un chiffre: une paire d'individus. Nous voyons se dessiner ainsi ce que le pape François, à Lampedusa, appelait « la mondialisation de l'indifférence »: l'appauvrissement de la culture dissout toute trace d'altérité, pour ramener les personnes à la plus pauvre des différences, la distinction numérique. Incapables d'exprimer l'infinie singularité des personnes, nous ne pouvons plus les considérer que comme des individus identiques, comme de simples numéros. Le retrait de la langue accompagne l'hégémonie de la technique et de l'administration. Au fond, il s'agit de combattre la description du monde jusqu'à ce que soit accomplie sa numérisation.

Le remède, dites-vous, est de ne plus avoir peur de transmettre notre culture: comment cela peut-il se faire concrètement dans le contexte actuel? Comment redonner le sens des limites sans revenir à la notion de transcendance, donc de Dieu?

La crise que nous traversons est l'occasion qui nous est donnée de retrouver le contact avec le réel. Elle se manifeste bien sûr de façon douloureuse; mais il nous appartient sans doute d'offrir à nos contemporains les mots qui leur manquent pour penser ce qui nous arrive, et la nécessité de ces distinctions qui doivent nous guider si nous voulons vivre une authentique liberté. Finalement, la plus urgente des reconquêtes, c'est celle du vocabulaire; car encore une fois, c'est dans une langue riche de sens que notre regard peut contempler le réel, et accepter de s'en émerveiller. C'est d'ailleurs à cela qu'aspirent ceux qui nous entourent, et tant de jeunes en particulier, même et surtout parmi les plus déshérités! Pour faire ce premier pas, il n'est pas nécessaire, je crois, d'invoquer une transcendance; même si nous devons être bien conscients que, ultimement, la conversion que nous avons à vivre et à transmettre est tout entière spirituelle. Le contraire de la déconstruction, c'est l'action de grâces.

Vous avez été l'un des animateurs des « Veilleurs » et êtes très engagé dans le combat intellectuel depuis la mobilisation de la Manif pour tous: quelle leçon tirez-vous de ces événements et comment voyez-vous l'avenir, peut-on agir pour inverser la tendance?

Non seulement nous pouvons « inverser la tendance », mais nous le devons! Car le chemin de la déculturation est un chemin de mort - l'autre nom de cette « culture de mort » que l'Église a su si bien, et si tôt, désigner. Je crois que cette inversion - ou plutôt cette conversion - répond, au fond, à la soif inconsciente de l'immense majorité de nos contemporains. L'épisode du débat sur le « mariage pour tous » a révélé, au fond, que la victoire est peut-être proche; il a sans doute marqué la dernière victoire d'une génération obsédée par la destruction de notre héritage, mais qui, de façon logique, part aujourd'hui sans héritiers. Les jeunes au contraire ont témoigné en nombre, et avec une grande générosité, de leur désir d'une société qui accepte de reconnaître ce qu'elle reçoit, la fécondité de la nature dans les différences qui la traversent, et la richesse de la culture dans la sagesse qu'elle nous transmet. Voir tant de jeunes se lever pour refuser qu'on leur vole leur héritage, voilà un immense signe d'espérance!

Propos recueillis par Christophe Geffroy.

iliz Plouarzhmael, bro Sant-Mac'hlow: Fulub Menezgwenn (Philippe de Montauban, chancelier d'Anne de Bretagne) hag e wreg

iliz Plouarzhmael, bro Sant-Mac'hlow: Fulub Menezgwenn (Philippe de Montauban, chancelier d'Anne de Bretagne) hag e wreg

Fidelium animae per misericordiam Dei requiescant in pace !

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Sant Arzhmael

par G.G.M.

publié dans saints de Bretagne , sent Breizh , sevenadur

Iliz Plouarzhmael / Eglise de Ploërmel
Iliz Plouarzhmael / Eglise de Ploërmel

Sant Arzhmael

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Saint Armel



LA VIE DE SAINT ARMEL, ou ARZEL
Abbé et Confesseur, le 16 Aoust.


I. Saint Armel (...) nasquit en la Province de Pennohen, en l'Isle de Bretagne (1), environ l'an de grace 482 sous le Pontificat du Pape saint Simplicius, & l'Empire de Zenon ; regnant en Bretagne Armorique le Roy Hoël I du nom. Ses parens, qui estoient des plus Nobles & moyennez du Pays, l'envoyerent en pension au Monastere d'un saint Personnage de ce Pays, qui faisoit ecolle à nombre de jeunes enfans de Maison, lesquels Armel surpassa, en peu de temps, non moins en vertu qu'en science. Il cherissoit, sur toutes les vertus, l'humilité, s'exerçant és plus viles & abjectes fonctions de la maison ; il estoit assidu en l'Oraison, sobre en son vivre, modeste en ses habits, doux & benin en sa conversation, charitable envers son prochain, compatissant en ses infirmitez, chaste d'Ame & de corps, patient és injures, obeïssant à ses Superieurs, respectueux envers ses Anciens ; &, n'estant encore que Seculier, étudiant audit Monastere, il égaloit en vertu & perfection les plus anciens & parfaits Moines du Monastere. Il y avoit un de ses condisciples qui avoit été longuement détenu d'une fâcheuse fiévre, mais son esprit estoit bien plus cruellement tourmenté d'une grande tentation, laquelle il n'avoit pû chasser, ny par priere, ny par jeûnes, ny par larmes ou autres remedes spirituels ; un jour, lors qu'il se chauffoit en la compagnie des autres écolliers, il luy vint en esprit de toucher, par devotion, le bord de la robbe de saint Armel ; ce qu'ayant fait, il fut, tout sur le champ, delivré & de la fiévre & de l'importunité de sa tentation, dont il rendit graces à Dieu & à saint Armel, qui le conjura de n'en rien dire à personne.
II. Ayant achevé le cours de ses études, il s'en retourna chez ses parens, &, de leur consentement, se fit d'Eglise ; &, ayant receu les Ordres successivement, chanta Messe & vécut quelques années Prêtre Seculier, s'entretenant sobrement de son Patrimoine, donnant le surplus aux Pauvres ; mais Dieu, qui en vouloit estre servi en l'état de perfection Evangelique, luy fit naître dans l'Ame un parfait desir d'abandonner le monde ; &, comme il s'entretenoit en cette pensée, il entra dans l'Eglise, où le Diacre chantoit ces paroles de l'Evangile : Quiconque ne renonce à tout ce qu'il possede ne peut pas estre mon Disciple. Il prît ces paroles comme si elles eussent esté proferées pour luy seul, &, ayant fait sa priere, il fut confirmé en sa resolution ; toutefois, de peur de se tromper au choix & élection du genre de vie qu'il embrasseroit, & de suivre sa propre volonté au lieu de celle de Dieu, il alla voir le S. Abbé, au Monastere duquel il avoit étudié, qui s'apelloit Caroncinalis, proche Parent de S. Paul de Leon, qui, ayant reconnû que sa vocation estoit de Dieu, le confirma en son saint propos & l'exhorta à le mettre en execution. S. Armel, ayant pris congé de son bon Maître, se retira en sa maison ; &, pour vaquer plus librement au Service de Dieu, se resolut de quitter son Païs, ses parens & ses biens, dont il distribua bonne part aux pauvres. Cependant qu'il fit les préparatifs de son voyage, Dieu inspira plusieurs jeunes hommes, touchez d'un même desir que luy, de l'aller trouver, afinde vivre sous sa Regle & Discipline, avec lesquels il passa l'Ocean Britannique, & vint aborder à la coste de Leon, en un Havre nommé Aber-Benniguet, c'est-à-dire Havre Beny, où il descendit du vaisseau, &, avançant en terre ferme environ de demi lieuë, édifia un Oratoire & des petites hûtes pour soy & pour ses Confreres, au lieu où, de present, est le Bourg & Eglise Paroissiale, qui, de son nom, s'apelle Ploüarzel, où il demeura jusqu'à ce que Joüa, Roy de Basse-Bretagne, ayant esté tué par le tyran Comorre, qui vexoit & pilloit le Leonnois, il se retira en France par devers les Roys Childebert de France & Judwal de Bretagne (2), lesquels, avertis de la sainteté de sa vie & des grands miracles qu'il faisoit, luy avoient écrit, le prians de les venir trouver & amener avec luy quelques uns de ses Disciples.
III. Le Saint fut bien receu du Roy Childebert, lequel se delectoit extrêmément en sa conversation & le fit de sa maison & de ses domestiques, suivant ses salutaires conseils és plus importantes affaires qui concernoient le gouvernement de son Estat & le reglement de sa Maison, en laquelle il demeura sept ans, au bout desquels il demanda congé de se retirer, ne pouvant plus supporter la haine & la jalousie que luy portoient des Courtisans, à cause de l'estime que sa Majesté faisoit de luy. Il fut plusieurs fois refusé ; enfin, son importunité l'emporta, & quitta la Cour du Roy Childebert pour retourner en Bretagne, non plus à Ploüarzel, mais en un lieu que le Roy Judwal luy avoit donné, distant de Rennes de trois lieuës (3). Comme il prenoit congé de ces Princes, il guerit un paralytique qui luy demandoit l'aumône ; ce qu'ayant esté rapporté à un aveugle qui demeuroit là auprés, il se vint jetter aux pieds du Saint, qui luy fit le signe de la Croix sur les yeux & l'illumina. Le bruit estant semé en Bretagne qu'il s'en retournoit, les chemins par où il devoit passer furent bordez de malades, qui se faisoient porter en des litieres & branquarts pour estre par luy gueris, auxquels il rendoit la santé par le signe de la Croix ; &, passant par un Village où il ne se trouvoit point de bonne eau, il posa son baston en terre, &, aprés avoir fait Oraison, le retira, &, incontinent, il parut en ce lieu une source de bonne eau, laquelle n'a depuis cessé de couler, & s'apelle la fontaine de saint Armel.
IV. Estant arrivé au lieu que le Roy Judwal luy avoit donné, il y édifia un Oratoire & quelques Cellules pour soy & quelques autres Clercs qui se rangerent en ce lieu pour servir Dieu sous sa conduite & direction. Ils vivoient tous en commun des aumônes & charitez que les Fidels du voisiné leur faisoient, &, en recompense, ils les instruisoient & confirmoient en la Foy par leurs Predications, faisoient l'Office en leur Eglise, Dieu faisant paroistre leur sainteté par plusieurs miracles, nommément en la guerison des malades, dont la porte de leur Eglise estoit continuellement remplie. Un jour, S. Armel allant par Pays, une femme, travaillée d'un flux de sang, s'approcha de luy, & ayant touché le bord de sa robbe, fut guerie. Il y avoit en ces quartiers un horrible dragon, qui avoit sa caverne en une petite montagne, prés la rivière de Seîche, lequel faisoit un grand ravage par le Pays circonvoisin ; S. Armel, regrettant le dommage qu'en recevoient les Paysans, pria Dieu de les vouloir delivrer de cette calamité, &, le lendemain, ayant celebré la Messe, il déposa son Chasuble, puis se fit conduire à la caverne du monstre, auquel il commanda de la part de Dieu, de sortir, ce qu'il fit bien ; alors il lui lia son Estole au col & le traîna à travers ladite montagne, jusques sur le bord de ladite riviere, luy commandant de s'y précipiter, ce qu'il executa ; &, pour memoire de ce miracle, la route ou sentier par lequel le Saint traîna le Monstre à travers la montagne (qui fut nommée le Mont S. Armel) parut sec & aride, sans qu'il y crûst aucune herbe.
V. Dieu, le voulant recompenser de ses longs travaux, luy revela le jour de son heureux decez, dont il rendit graces à sa divine Majesté, & en donna avis à ses Religieux, les exhortant à perseverer constamment en leur sainte vocation ; puis se confessa, le lendemain, celebra les divins Mysteres, devant tout le Peuple, &, aprés leur avoir donné la Benediction, prit congé d'eux, receut devotement le Sacrement d'Extrême-Onction, & s'estant, quelques heures, entretenu avec Dieu, le 16 d'Aoust 552. Ses Disciples laverent son Corps & l'ensevelirent honorablement en son Monastere, où Dieu a continué les miracles à son Tombeau jusques à ses derniers succez, & sa paroisse, (où sont ses saintes reliques), à trois lieuës de Rennes, est devotement visitée des Pelerins, & la Ville de Ploërmel, au Diocese de S. Malo, porte son nom, l'Eglise Paroissiale da ladite Ville estant dediée à ce saint Confesseur.
(Vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert le Grand (1636) - édition de 1901 – Quimper)


 

Feunteun St-Arzhmael / fontaine St-Armel

Feunteun St-Arzhmael / fontaine St-Armel

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Développement du Marquis de Bellevue


 

             (Saint Armel) se fixa dans un terrain inculte que lui donna le roi breton Judual, terrain situé à quatre lieues au sud de la ville de Rennes, près de la rivière de Seiche, où il construisit un ermitage, autour duquel se constitua le bourg actuel de Saint-Armel des Boscheaux. De là, le saint apôtre étendit ses prédications dans tout le voisinage, et s’avança jusqu’à l’extrémité Sud-Ouest de la forêt de Brocéliande. Il y fut accueilli par un bon seigneur, nommé Guy, qui demeurait à Kerguy (Jerguy le bourg de Guy) ; et qui lui donna un territoire situé près de là, territoire qui s’appelait alors « Pen-Ohen » (Tête-de-Boeuf), et qui porta depuis le nom de Saint-Armel « Plou-Armel ».
           Ce fut dans ce lieu que mourut Saint-Armel, le 16 août 552, dans les bras de son ami, Guibourg, qui, suivant la volonté dernière du pieux abbé, fit rapporter son corps aux Boscheaux, où l’on voit encore son tombeau. Ce tombeau, placé derrière le maître-autel de l’église, est recouvert d’une pierre calcaire de 1 m. 80 de long et large de 0 m. 60 à l’une des extrémités et de 0 m. 20 à l’autre. Plus tard, le plus grande partie des ossements du Saint, à l’exception de la tête, furent apportées dans l’église de Ploërmel, où on les vénère encore de nos jours. Ces précieuses reliques, furent recueillies lors de la Révolution par une pieuse femme, qui les garda avec respect et les rendit à l’église à la fin de la persécution républicaine.
           La vie de Saint-Armel a été mise en vers français, sous forme de tragédie, par Messire Baudeville, prêtre et maître d’école à Ploërmel ; elle fut représentée sous les halles de cette ville chaque année le 16 août, jour de la fête de Saint-Armel, depuis 1611 jusqu’à la Révolution.
           L’un des principaux miracles attribué à Saint-Armel est la destruction d’un énorme serpent, ou guivre, qui désolait tout le pays, et que le Saint abbé lia au cou avec son étole et précipita dans une rivière. On prétend que ce fut aux Boscheaux que fut accompli ce miracle ; et l’on montre encore, près du bourg, une butte, dite « Mont-Saint-Armel », du sommet de laquelle le saint aurait jeté la guivre dans la rivière de Seiche ; on dit que l’herbe n’a jamais poussé depuis sur le sol où glissa le serpent en tombant dans la rivière. Mais le pays de Ploërmel revendique aussi ce miracle comme sien, et voici ce que nous lisons à ce sujet dans « les Légendes locales de la Haute-Bretagne », par M. Sébillot, page 174 :
           « Dans les environs de Ploërmel, la légende de Saint-Armel triomphant d’un serpent, ou dragon, qu’on appelle populairement " la Guibre ", est encore très connue des paysans. La guibre était un énorme serpent, ou lézard vert, qui désolait le pays on l’appelait aussi " la beste de Guibourg ", parce que, disent les anciens, c’était près de Guibourg (Jerguy) qu’elle se cachait le plus souvent, attaquant les grandes personnes, et dévorant les moutons, les poulains et les petites vaches bretonnes. Tout comme Saint-Michel terrassa le dragon, image du démon, ainsi Saint-Armel terrassa la guibre. Lorsqu’il l’eût vaincue, il la lia avec son étole, ainsi qu’en témoignent toutes les vieilles statues et les anciens vitraux du pays ; et, la guibre devenant aussi faible qu’un mouton, Saint-Armel la précipita dans l'Etang-au-Duc (ou plutôt dans la rivière d'Yvel, car l'Etang-au-Duc n’exista que plus tard). D’aucuns prétendent que c’est dans un chemin creux tout près de la pièce dite " des châteaux " (" dans le petit chemin des Châteaux de l’enfer ") que se livra le combat entre la guibre et Saint-Armel. Au milieu de ce chemin on voit une grosse roche qui porte la trace d’une patte ; et ce pied est celui de la guibre, qui, précipitée du haut de la butte des châteaux, alla rouler dans le ravin et se noya dans le ruisseau qui sort du grand Etang » (La butte des Châteaux domine à l'Est la chaussée de l'Etang-au-Duc). Ce serait en reconnaissance de ce miracle, que le seigneur de Jerguy (Guybourg) aurait donné à Saint-Armel le territoire qui s’appela depuis Ploërmel.
La chronique prétend aussi que Saint-Armel aurait bâti une église à l’endroit où sont encore les halles de Ploërmel, église qui, ayant été ruinée pendant les guerres du XIVème siècle, aurait été remplacée par la basilique actuelle (4) .
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1. Dans le Clamorgan
2. Judwal lui-même avait dû s'enfuir en France, avec l'aide de saint Lunaire, puis parvint à revenir en Bretagne grâce à l'entremise de saint Samson.
3. Saint Armel- des-Boschaux
4. L'ancienne église était perchée sur le Mont-Thabor, dominant toute la forêt et le pays en direction de Saint-Malo. L'église de Ploërmel n'a pas le titre de "basilique". Par contre, il était d'usage de la nommer "la cathédrale", sans doute du fait que le pays alentour, le Porhoët, faillit accueillir le siège de l'évêché d'Alet-Saint-Malo, par opposition à l'ancien siège gallo-romain.
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Armel vient du britonnique "Arzhmael", qui veut dire "Grand-Ours" ou "Prince-Ours". La forme latine étant Armagillus. La dévotion à saint Armel s'étend dans sud-ouest du pays de Rennes et dans l'ancienne Domnonée orientale (Ploërmel, Allineuc…), ainsi que dans le Vannetais. La Cornouaille semble exempte par contre de son culte, bien j'ai vu sa statue dans une église du Poher, je ne sais plus laquelle. L'église de Ploërmel possédait son crâne, mais je ne sais où il est conservé aujourd'hui. Ce sont des centaines de lieux, maisons et fontaines qui sont consacrés à saint Armel en Bretagne ou portent son nom, et de nombreuses images le représentent. En voici quelques uns:
- Chapelle St-Armel à Plaine-Haute (détruite), près du village et de la chapelle de St-Méen. Il est de tradition que les deux saints ont beaucoup travaillé ensemble.
- Titulaire de l'église de St-Séglin, évêché de Saint-Malo
- Aumônerie Saint-Armel, à Nantes
- Statue dans l'église de Lantic (Goëllo)
- Chapelle à Allineuc (détruite)
- Chapelle au port de Messac
- Chapelle à Ménéac
- Moulin et pont Saint-Armel à Bruz, et manoir du même nom ("hôtel Saint-Armel")
- Moulin Saint-Armel à Cléguérec
- Léproserie Saint-Armel à Sévignac
- Eglise et fontaine Saint-Armel à Loutéhel
- Ancienne église de Dingé et fontaine
- Champ Saint-Armel à Saint-Malo
- Chapelle dans le cimetière de Saint-Just
- Chapelle à Caden
- Patron de Bléruais; une peinture le représente dans l'église
- Eglise et fontaine Saint-Armel à Langouët
- Ecole Saint-Armel à Saint-Jouan-de-l'isle; il avait aussi un oratoire, sur la route de Plumaugat, au lieu-dit de Kergoët, et une fontaine
- Patronage Saint-Armel à Caulnes
- Chapelle à Saint-James (Normandie, près de la frontière bretonne)
- Lande-Patry (évêché de Sées, Normandie): reliques et autel dans l'église
- Soucelles (évêché d'Angers): fontaine
- Chapelle à Ploemeur
- Chapelle au Grand-Fougeray
- Saint Armel figure sur l'une des fenêtres de la chapelle Saint-Marc, au château de Malleville, Ploërmel
- "Perron Saint-Armel", nommé aussi "Saint-Méen", à l'emplacement de la chapelle Saint-Antoine, à Ploërmel, non loin de la fontaine éponyme
- Calvaire Saint-Armel à Pléchatel
- Figure sur une fenêtre de l'église d'Augan
- Eglise du Theil: autel Saint-Armel
- Il a sa statue dans l'église de Marcillé-Robert
- Chapelle à Caden
- Fontaine à Radénac
- Statue dans l'église de Pontivy
- Treverien
- Patron de la paroisse de Lourmais; sa statue figure au maître-autel de l'église
- Fontaine à Languédias (Vieux-Bourg)
- Chapelle à Bubry

En iliz Algam, bro-Sant-Mac'hloù / Saint Armel dans l'église d'Augan, entre Guer et Ploërmel, pays de Saint-Malo

En iliz Algam, bro-Sant-Mac'hloù / Saint Armel dans l'église d'Augan, entre Guer et Ploërmel, pays de Saint-Malo

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Guo Brothers

par G.G.M.

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