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Articles avec hennadelezh

Istor Breizh

par G.G.M.

publié dans Bretagne , Devnon , Domnonée , Hennadelezh , identité

Istor Breizh
daeroù Breizh-Vihan
kement-mañ a zo bet tennet eus al levr gant Aorelian Kourson diwar-benn Istor Breizh

****

ou les débuts de la Petite-Bretagne (en Armorique), du livre "L'Histoire, la Langue et les Institutions de la Bretagne Armorique", par Aurélien de Courson

*****

Nous reprenons maintenant le fil de notre récit,
interrompu au moment où commençait, au cin-
quième siècle , la grande émigration des Bretons
insulaires. A peine leurs tribus s'étaient-elles éta-
blies sur les rivages de l'Armorique, que les Ger-
mains se présentèrent aux frontières du nouveau
royaume. Tandis que les Gallo-Romains, las du
despotisme impérial, et effrayés des progrès de
l'arianisme , courbaient la tête devant les Sicam-
bres convertis, un petit peuple, suppléant au
nombre par son énergie, osa donner l'exemple de
la plus héroïque résistance. Ce fut sur le territoire
de Rennes et sur celui de Nantes que se livrèrent
les premiers combats. La lutte s'engagea, dès le
principe , aussi terrible , aussi implacable que celle
des Bretons de l'île contre les Saxons. Et cela se
doit concevoir sans peine : il y avait entre les deux
Domnonées comme un échange continuel d'en-
 
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thousiasme pour les souvenirs nationaux ef de
haine contre l'oppression étrangère. Depuis les der-
nières émigrations, les liens de fraternité qui unis-
saient ces populations sorties du même berceau,
s'étaient de plus en plus resserrés. Au milieu même
des calamités de l'invasion germanique, il n'était
pas rare de voir les guerriers de l'Armorique abor-
der aux rivages de la Bretagne insulaire, pour
y combattre la race maudite. Là ils retrem-
paient pour ainsi dire leurs âmes au foyer des tra-
ditions bretonnes. Rien en effet n'y était négligé
pour éterniser les antipathies et les animosités de
race. La poésie elle-même avait mission d'exciter
sans cesse les passions de la multitude. Une loi gal-
loise, conservée jusqu'à nos jours, contient ce
passage curieux : « Le barde royal accompagnera
« les guerriers du roi, quand ils partiront pour
« enlever du butin aux Saxons; il devra marcher en
« avant, chantant et jouant du luth, pour les en-
ce courager; si l'on trouve de la résistance, et si l'on
« en vient aux mains, il chantera le chant qui a
pour titre : Une ancienne domination bretonne ! »
 
Ces sanglantes inimitiés ne s'effacèrent même pas
après la conversion des envahisseurs. «Les Bretons
fuyaient le contact des Saxons, dit Bède, comme si
ces peuples eussent encore été païens ! »
 
95
Les habitans de la Domnonée continentale repous-
saient non moins obstinément tout rapprochement
avec les Francs. Mais, plus d'une fois, il fallut subir
le joug momentané des bandes germaniques qui af-
fluaient sans cesse vers la Loire.
 
Après le règne de quelques princes dont nos an-
nales nous ont à peine légué le souvenir, un usur-
pateur s'était assis sur le trône de Bretagne au pré-
judice de Budic, comte de Cornouaille et fils du
roi Audren. Les chroniques ne nous ont rapporté
sur le règne d'Eusèbe que des actes de férocité;
mais le nom seul de ce prince nous prouve qu'il
n'appartenait pas à la dynastie nationale.
 
Vers l'an 490? Budic, réfugié dans la Démé-
tie (Pays de Galles, ndr) avait reçu des anciens sujets de son père une
ambassade qui venait lui offrir le trône laissé vacant
par la mort de l'usurpateur. S'étant embarqué
 
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avec toute sa famille, le prince aborda aux ri-
vages de Cornouaille. De grandes victoires signa-
lèrent bientôt sa préence parmi les Bretons. Ceux-
ci l'investirent de la royauté suprême; mais
il ne fît que passer sur le trône. Il mourut en
Sog, laissant son royaume assailli par les Frisons,
alors que Hoël , héritier de sa couronne, se trou-
vait dans l'ile de Bretagne. Ce jeune prince, après
quatre années d'exil (513), vint, à la tête de
quelques fidèles , revendiquer les droits que
lui avait transmis son père. Les légendes préten-
dent que, vainqueur de tous ses ennemis, Hoèl
s'illustra par de nouveaux faits d'armes en com-
battant pour le roi Arthur dans la Grande-Bre-
tagne. Les hagiographes du moyen-âge ont em-
belli (...) le récit de ces expéditions; toutefois l'histoire,
aussi bien que la tradition , constate que , durant plusieurs siè-
cles, de semblables échanges de secours ne cessèrent
d'avoir lieu entre les deux populations vic-
times des mêmes calamités.
 
Après un règne glorieux de plus de trente années,
Hoël avait laissé la couronne à ses fils. Ceux-ci,
contrairement à la loi dynastique usitée jusqu'alors
se partagèrent l'héritage paternel, qu'ils divisèrent
en trois grandes principautés. Hoël II reçut en par-
tage la Bretagne orientale, c'est-à-dire Rennes et
 
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le pays qui s'étend vers le nord jusqu'à la mer; à
Canao , l'un de ses frères , échut le pays de Nantes ;
à Macliau le comté de Vannes. La Bretagne oc-
cidentale était en d'autres mains : des deux comtés
qu'elle renfermait, l'un (le Léon), placé dès l'an
629 sous la domination d'un comte Withur, qui
reconnaissait la suzeraineté du roi des Francs, ne
fut réuni au reste de la Domnonée que pendant
la dernière moitié du sixième siècle; l'autre (la
Cornouaille ) appartenait à un fils ou à un frère de
Hoël, nommé Budic. Cette noble terre de Cor-
nouaille, la seule qui ait conservé intacte à tra-
vers les siècles l'empreinte du génie national
devient, à partir de cette époque, comme le refuge
de l'antique liberté bretonne. Elle seule , en effet , n'a
pas été souillée par la présence de l'étranger. Cette
gloire ne sera pas la seule dont elle pourra s'enor-
gueillir. Une autre illustration lui est réservée dans
les âges qui vont suivre. C'est du milieu de ses sau-
vages montagnards que doivent sortir les deux
libérateurs del'Armorique : Nominoë et Alain Barbe-
Torte.
 
Cependant Conmor, l'un des fils de Hoël, avait
 
98
réuni dans ses mains l'héritage de plusieurs de ses
frères assassinés par son ordre ; mais un enfant
avait échappé au massacre. Réfugié à la cour du
roi des Francs, ce jeune prince attira bientôt sur
sa patrie tous les malheurs qu'entraîne le patro-
nage de l'étranger. Les rois se montrent rarement
généreux envers ceux qui perdent un trône; mais
comme en cette circonstance il s'agissait d'obte-
nir, sans danger de courir les chances de la guerre,
des avantages que jusque là les Bretons avaient
disputés avec une incroyable énergie, Clotaire
promit des secours au jeune Judual. La révolte de
Chramne décida le roi des Francs à brusquer l'at-
taque qu'il méditait contre l'Armorique. On sait que
le prince rebelle s'était réfugié chez le comte de
Bretagne qui avait épousé, lui aussi, une fille de
Williachaire, duc d'Aquitaine. La péninsule fut
envahie par deux corps d'armée à la fois : l'un s'em-
para du comté de Nantes, l'autre alla livrer bataille
à Chramne, entre Châteauneuf et Saint-Malo. Cette
bataille fut décisive. Désormais les Francs, victo-
rieux, ne quitteront pas le pays de Nantes ni celui
de Rennes ; il faudra l'épée de Nominoë pour les
en expulser.
 
Réfugiés au milieu de l'immense forêt de Bréki-
lien, ou retranchés derrière leurs marécages, les
Bretons de la Domnonée, malgré les dissensions ci-
viles qui désolaient leur patrie , virent cependant
briller encore quelques jours glorieux. Plus d'une
fois le roi des Francs apprit avec surprise que ses
 
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armées, en un instant maîtresses du pays, avaient
été ensuite taillées en pièces au passage de la Vi-
laine, par des bandes rassemblées de la veille !
Parmi tous ces chefs de partisans, il en est un sur-
tout dont le génie, sauvage si l'on veut, mais puis-
sant, était digne d'un plus vaste théâtre. Cet homme
était Waroch, fils de Macliauc, comte de Vannes.
Grégoire de Tours rapporte qu'il sollicita de Chil-
péric le gouvernement de Vannes. Cependant nous
le voyons, peu de temps après, s'emparer de ce
comté les armes à la main , et refuser nettement
le tribut annuel auquel la contrée était soumise.
Ce fut contre Chilpéric que le prince breton livra
sa première bataille. Les Francs étaient venus pla-
cer leur camp sur les bords de la Vilaine. Waroch
se présente sur la rive opposée, feignant d'en vou-
loir disputer le passage ; mais au milieu de la nuit
il rassemble toutes ses bandes, et, franchissant la
Vilaine dans le plus grand silence, il tombe à
 
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l'improviste sur l'armée ennemie et la bat com-
plètement. Un autre se fût laissé éblouir par cette
victoire; le comte de Vannes se montra plus habile
politique : convaincu qu'elle allait attirer sur la Vi-
laine toutes les forces de ses ennemis, il se hâta de
demander la paix aux vaincus. Les Francs la lui ac-
cordèrent, mais en imposant à Warocb la condition
de payer le tribut et de fournir des otages. Le rusé
Breton promit tout ce qu'on voulut, car son plan
était tracé. A peine les Francs s'étaient-ils retirés,
qu'il oublia tous ses serments. Alors la guerre de-
vint atroce, Nantes et Rennes, occupées depuis près
d'un demi-siècle, ne furent plus pour les Bretons
que des pays ennemis. « Saint Félix, dit Albert le
« Grand, voyant que son diocèse servait comme de
« tbéâtre sur lequel se jouaient ces sanglantes tra-
« gédies aux dépens du pauvre peuple, ne cessait
« d'aller vers les uns et vers les autres pour tacher
« à moyenner quelque bonne paix, et ne l'ayant
« pu faire, au moins son éloquence gagna cela sur
« les Bretons, qu'encore qu'ils ne voulussent en-
« tendre à paix ni traité quelconque, que les Fran-
« çois ne leur laissassent purement les deux villes ,
« à savoir Rennes et Nantes; néanmoins, en consi-
« dération de saint Félix, ils épargnèrent quelque
« peu le pays Nantois *. »
 
L'armée des Francs fut obligée de rentrer en
 
101
Bretagne pour réduire le comte de Vannes. C'est
alors , nous dit très-sérieusement l'historien Velly,
que se livra cette sanglante bataille dans laquelle
personne ne resta de part ni d'autre. Waroch n'en
recommença pas moins ses ravages l'année suivante.
Allié à Frédégonde, qui suscitait partout des en-
nemis au roi de Bourgogne, le comte de Vannes
attendit de pied ferme Ebrachaire et Beppolen,
généraux envoyés par Contran pour le combat-
tre. Waroch fut sur le point d'être accablé; mais
il eut l'habileté de semer la discorde parmi ses
ennemis, et il ne les vit pas plus tôt séparés, qu'il
tomba sur l'un d'eux avec toutes ses forces et
l'écrasa. Ebrachaire, pendant ce temps, était en
pleine marche sur Vannes ; Waroch lui envoie des
ambassadeurs , le comble de présents , et finit par
le déterminer à se retirer en Anjou. Les Francs
commencent en effet leur retraite; mais Waroch,
qui se joue de la foi des traités, a placé une em-
buscade sur les bords de la Vilaine; une partie de
l'armée ennemie n'a pas encore traversé ce fleuve.
 
102
que déjà les Bretons se jettent sur leur arrière-
garde et la taillent en pièces. A partir de cette épo-
que, l'histoire ne fait plus mention du vaillant
comte de Vannes.
 
Nous nous sommes étendu longuement sur les
guerres acharnées dans lesquelles deux peuples de
génie si divers luttaient, l'un pour la domination,
l'autre pour l'indépendance ; c'est que l'intelligence
d'un pareil état de choses pourra seule donner la
clef des différences profondes que nous aurons à
signaler plus tard entre les coutumes de la haute et
de la basse Bretagne.
 
Sous les derniers Mérovingiens, les princes bre-
tons eurent plus rarement à défendre ou à reven-
diquer leurs droits; car leurs indolents rivaux, sou-
mis à la tutelle d'un maire du palais, n'avaient plus
ni le désir ni la puissance de leur en contester la
jouissance.
 
Arrivée à l'époque où nous avons conduit ce
récit, l'histoire de Bretagne devient un véritable
chaos que l'admirable sagacité de l'abbé Gallet n'a
pu débrouiller elle-même. Tout ce qu'il est possible
d'entrevoir dans les vicissitudes du trône, ce sont
des rivalités d'ambition et la nécessité pour quel-
ques princes de se jeter entre les bras du peuple
franc, jadis repoussé loin du sol avec tant de vi-
gueur et de constance.
 
Cependant une famille nouvelle avait succédé à
la race avilie des Mérovingiens. Pépin profita habi-
lement des dissensions civiles qui régnaient dans
l'Armorique pour rendre à la France les bornes
qu'elle s'était données sous quelques-uns des suc-
cesseurs de Clovis. Ce fut pour plusieurs chefs bre-
tons l'occasion de se signaler par une héroïque ré-
sistance; mais une main plus puissante que celle
de Pépin devait bientôt courber tout l'Occident
sous un sceptre impérial. Charlemagne, assis sur
le trône, fit occuper la péninsule par Andulphe,
grand-maître de sa maison. Ce général, s'é-
tant emparé d'une grande partie des forteresses
et des positions militaires qu'occupaient les Bre-
tons, soumit tout le comté de Vannes en une seule
campagne (786); mais, selon l'usage, une révolte
suivit de près ce facile succès. Le comte Guido,
qui commandait sur les marches de l'Anjou, reçut
alors de l'empereur la mission de dompter les re-
belles : il réunit ses forces à celles des autres comtes
ses collègues , parcourut la péninsule dans tous les
sens et soumit entièrement , disent les chroniques ,
cette terre bretonne, que jusque-là les Francs n 'avaient
 
104
pu dompter. Cette soumission ne pouvait pas être de
longue durée. Une nouvelle révolte éclata en 809,
à la suite de laquelle les Francs furent repoussés au
delà de la Vilaine. Il fallut donc recommencer une
conquête qui avait déjà coûté tant de sacrifices (811);
vingt-trois ans de combats continuels n'avaient pas
suffi pour la consolider ! Une telle résistance aux
armes du grand empereur, et les révoltes qui ne
cessèrent d'éclater dans la péninsule, jusqu'au jour
où Nominoë plaça sur son front la couronne armo-
ricaine, peuvent nous faire comprendre combien
était robuste la nationalité de ce peuple.
 
Charlemagne avait à peine cessé de vivre et déjà
Morvan, comte de Léon, appelait aux armes les
populations belliqueuses de la Domnonée. Elu roi
suprême de la nation, ce prince ne craignit pas
d'affronter les armées de Louis le Débonnaire. Mais
l'épée d'un soldat franc priva bientôt la Bretagne de
ce héros. Guyomarch de Léon obtint à son tour la
royauté du pays. Il soutint glorieusement la lutte
pendant plusieurs années. Enfin, vaincu en une
sanglante bataille, et surpris dans un château où il
s'était réfugié, il fut massacré par les Francs.
 
On dit que l'empereur, peu jaloux de succès qui
 
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lui coûtaient aussi cher que des défaites, convoqua
à Vannes les principaux seigneurs du pays. Quel-
ques Bretons courageux plaidèrent-ils dans cette
grande assemblée la cause de la nation? L'histoire,
si on l'interroge à ce sujet, garde un complet si-
lence ; tout ce qu'il nous est possible d'y entrevoir,
c'est que les vaincus furent très-rigoureusement
traités par les Francs.
 
Peu de temps auparavant, l'empereur avait éta-
bli comme gouverneur de la péninsule un jeune
Breton dont il avait éprouvé le zèle pendant la lutte
acharnée qu'il avait soutenue contre l'Armorique;
cet homme s'appelait Nominoe , et descendait, sui-
vant nos légendaires, des comtes de Poher.
 
Tant que Louis le Débonnaire avait vécu, le gou-
verneur de Vannes, tout en applaudissant aux ré-
voltes partielles qui éclataient dans la Domnonée,
avait montré la plus grande soumission envers le
vieil empereur. Quand ce malheureux monarque
s'était vu abandonné par son armée et dépouillé de
sa couronne, Nominoë lui avait renouvelé ses hom-
mages et ses protestations d'obéissance; démons-
trations touchantes sans doute, si elles eussent été
sincères ! Mais en même temps le prince breton ne
laissait échapper aucune occasion de capter l'affec-
tion des populations. Sa politique, comme celle de
tous les hommes réellement supérieurs , repoussa
jusqu'au dernier moment les mesures de précipita-
tion et de violence. Sous les apparences du dévoue-
ment et de la fidélité, il sut s'arroger peu à peu tous
les privilèges de la souveraineté. Rien de plus cu-
rieux , dans le cartulaire de Rhedon , que les paroles
employées par Nominoë dans ses actes de dona-
tion au monastère de Saint-Convoion. Ces dona-
tions, il ne les a faites, dit-il, que dans le but d'ob-
tenir la délivrance et la conservation de l'empereur.
La persévérance de ce grand homme à poursuivre
ses projets à travers des obstacles qui semblaient
insurmontables; la patience avec laquelle il atten-
dit l'heure où il devait lever le masque, et la réso-
lution qu'il montra lorsqu'il fallut agir, tout révèle
en lui un génie véritable, et qu'on louerait sans
réserve, si les moyens qu'il mit en œuvre eussent
 
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toujours répondu au noble but qu'il sut atteindre.
Cette grande figure historique venait de dispa-
raître , quand un orage terrible éclata sur l'Armo-
rique. Les Normands , qui , depuis plus d'un demi-
siècle, ravageaient le littoral de la péninsule,
renversèrent toutes les barrières que le courage de
quelques chefs bretons leur avait opposées jus-
que-là. Rien ne put résister à leur fureur. Le nombre
de ces pirates , venus sur de frêles barques d'osier,
était peu considérable pourtant ; mais il est des
temps où la Providence, dans ses desseins mysté-
rieux, semble communiquer à certaines races pré-
destinées on ne sait quelle puissance morale qui
subjugue, tandis que d'autres races, naguère hé-
roïques, sont comme frappées d'épouvante! N'est-
il pas étrange en effet de voir s'enfuir devant quel-
ques bandes d'écumeurs de mer ces mêmes Bre-
tons qui avaient résisté vingt-quatre ans aux armées
de Charlemagne ?
 
Villes, églises, monastères, rien n'échappa aux
ravages des hommes du Nord. Les prêtres s'enfui-
rent en France, emportant les reliques des saints;
une grande partie de la noblesse se réfugia en An-
gleterre avec Mathuédoi, comte de Poher; un seul
comté, celui de Léon, ne fut pas déserté. Là ré-
gnait le comte Even , qui mérita plus tard le surnom
de Gratîd. Ce vaillant prince rassembla autour de
son étendard tous les proscrits chassés de leurs de-
meures, et tandis que des rois de France achetaient
au poids de l'or la retraite des barbares, lui, se
108
souvenant de son aïeul le comte Morvan , n'of-
frait que du fer aux guerriers normands.
Cependant le libérateur de l'Armorique allait
bientôt se montrer. Alain, fils de Malhuédoi, sur-
nommé Barbe-Torte , s'était réfugié chez le roi des
Angles avec une partie de la noblesse bretonne.
Il y forma, à peine âgé de vingt ans, le dessein
de reconquérir les Etats de son aïeul , Alain le
Grand. Suivi de quelques guerriers fidèles , il vint
débarquer à Cancale, et ne tarda pas à rallier toutes
les bandes bretonnes qui, retranchées dans des lieux
inaccessibles, avaient su échapper aux armes des
Normands. Ceux-ci furent attaqués avec fureur et
battus sur tous les points : Nantes même, leur der-
nier refuge, tomba au pouvoir des Bretons.
 
Le rôle politique de l'Armorique , sous les succes-
seurs d'Alain Barbe-Torte, fut loin d'être aussi bril-
lant. Alain Fergent réussit cependant à réveiller l'é-
nergie nationale. Guillaume le Conquérant, dont
l'ambition n'était pas satisfaite des vastes possessions
qu'il venait d'ajouter à l'héritage paternel, récla-
mait du duc de Bretagne l'hommage qu'il préten-
dait lui être du par les souverains de cette con-
trée. Alain s'y refusa. Le nouveau roi d'Angleterre,
oubliant alors , dans sa haine pour le fils , les services
que lui avait rendus le père d'Alain, vint mettre
 
109
le siège devant la ville de Dol; mais secouru à temps
par le roi de France , le duc de Bretagne défit les
Normands et força son agresseur à quitter un pays
que celui-ci regardait déjà comme une conquête.
 
Un demi-siècle ne s'était pas écoulé depuis ce
glorieux événement, qu'un autre prince anglais se
présentait pour réclamer la principauté de Nantes,
à laquelle les liens du sang lui donnaient des droits.
 
Il faut se rappeler que le trône d'Angleterre avait
passé dans la maison d'Anjou par le mariage de Ma-
thilde, fille de Henri II, avec Geoffroi, comte d'An-
jou. A la mort du comte de Nantes, fils de ce der-
nier, Henri II, roi d'Angleterre, ne manqua pas de
faire valoir ses droits à la succession de son frère.
 
Le lâche Conan IV, duc de Bretagne, ne sut en
aucune manière résister aux prétentions de l'ambi-
tieux monarque. Ce n'était pas assez, pour Henri
Plantagenet, de la Normandie, de l'Anjou, de la
Touraine , et enfin de la Guienne qu'il tenait du
chef de sa femme Éléonore d'Aquitaine , il voulait
encore réunir la Bretagne à ses nombreuses provin-
ces. Ce projet, qui devint plus tard pour les deux
peuples une source d'inimitiés implacables, ne tarda
pas à se réaliser par le mariage de Geoffroi avec
Constance, fille de Conan. Dès lors le peuple bre-
ton reporta sur les Anglo-Normands toute la haine
qui l'avait animé jadis contre les Saxons, persécu-
 
110
teurs de sa race; et il se rapprocha de la France,
par cela seul qu'elle était l'ennemie et la rivale de
l'Angleterre. Les barons, que la couardise de leur
duc indignait, ne désertèrent pas comme lui la
cause nationale. Pour l'honneur du pays, non
moins que pour la défense de leurs privilèges, mé-
connus ou menacés par l'Anglais, ils prirent les
armes. Les vicomtes de Léon, ces dignes descen-
dans du roi Morvan , se montrèrent les plus intré-
pides champions de l'indépendance nationale. On
les vit , renfermés dans leur cité de Morlaix , bra-
ver les attaques du roi d'Angleterre, tandis que,
dans la haute Bretagne, Raoul, baron de Fougères,
mettait en déroute les Brabançons de Henri ; mais
enfin il fallut céder au nombre. La vengeance du
vainqueur fut digne d'un Plantagenet : il porta de
toutes parts le fer et la flamme, fit raser les châteaux
des barons, et, ajoutant la lâcheté au brigandage,
il ravit l'honneur à Alix, fille du comte de Porhouet,
pauvre enfant qu'on avait confiée à sa foi de che-
valier ! C'étaient là de rudes épreuves, de cruelles
humiliations ; pourtant il fallut les subir encore
sous le règne de Geoffroi Plantagenet, fils de Henri IL
Fort heureusement la Providence délivra bien-
tôt le pays du nouveau tyran. On sait que , foulé
aux pieds des chevaux dans un tournoi auquel il
assistait à la cour de Philippe-Auguste, Geoffroi
mourut à Paris en 1186. Au mois d'avril de l'année
suivante, sa veuve, Constance, accoucha d'un fils.
Jamais naissance d'enfant royal n'avait été accueil-
lie avec un tel enthousiasme. Henri TI avait voulu
lui donner son nom , mais les barons s'y opposè-
rent. On connaît la tradition bretonne touchant le
retour du roi Arthur. Ce retour, vainement attendu
pendant tant de siècles, était encore aussi vivement
désiré qu'au jour des premières espérances. Aussi le
nom d'Arthur fut-il donné à cet enfant pour lequel
la nation rêvait un si brillant avenir ! Mais la pré-
diction de Myrdliin ne devait pas s'accomplir. Ar-
thur périt assassiné, et cette mort fit passer
la couronne de Bretagne dans une branche de la
maison de France.
 
Il y avait pourtant dans le duché un jeune prince
que les vœux de toute la nation appelaient au trône ;
c'était Henri d'Avaugour, héritier d'Alain , comte
de Penthièvre. Il était issu de la race des anciens
rois du pays, et allié à la plupart des maisons illus-
tres de Bretagne : son mariage avec Alix aurait pré-
venu bien des calamités; mais Philippe, roi de
France, rompit cette alliance, après en avoir laissé
dresser le contrat, dans la pensée sans doute que,
pour assurer le repos de son royaume, il lui fallait
un lieutenant dans le duché de Bretagne. Ce fut Pierre
de Dreux que le roi fit choisir pour duc des Bre-
tons. Mauclerc, homme d'un brillant courage, était
en outre l'un des politiques les plus habiles de son
temps; mais tous les dons que le ciel lui avait dé-
 
112
partis ne lui servirent qu'à opprimer le peuple qu'il
était chargé de gouverner. Nourri dans les prin-
cipes de gouvernement absolu qui germaient à
la cour de France, ce prince voulut franchir les
bornes que la coutume du pays avait assignées
au pouvoir du souverain : il commença en con-
séquence par battre en brèche la puissance du
clergé et celle de l'aristocratie féodale. Aux prêtres
il enleva le privilège de tierçage et celui de pas-
nuptial; aux gentilshommes, le droit de jouir des
biens de leurs enfants mineurs, et de donner des
brefs sur leurs terres. La noblesse, indignée, cou-
rut aux armes; elle fut battue par le duc de Breta-
gne près de Chateaubriand : le sang coula à flots
dans l'Armorique, jusqu'au jour où, accablé sous
le poids des foudres de l'Église et de l'exécration
publique, le duc se vit forcé d'abdiquer le trône
en faveur de son fils.
 
Les successeurs de Mauclerc se transmirent paisi-
blement, pendant près d'un siècle , la couronne que
le chef de leur dynastie n'avait pas su conserver. Le
calme ne dura pas plus longtemps; funeste avant-
coureur, il présageait le plus terrible des orages qui
eussent encore assailli la Bretagne.
Istor Breizh

"Ar C'hras a vez lakaet da wir gant an anien" - St Tomaz Aquino

"Ar C'hras a vez lakaet da wir gant ar sevenadur" - Pab Frañsez

*

"La grâce suppose la nature" - St François d'Aquin

"La grâce suppose la culture" - Pape François

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'Men emaout-te?

par G.G.M.

publié dans Hennadelezh

'Men emaout-te?

D'an holl tadoù ha mammoù santel ha d'an anaon, evit ma vo savet endro an hennadelezh e Breizh hag er bed holl.

Komzoù kanenn "Papaoutai" gant Stromae
Dites-moi d’où il vient,
Enfin je saurai où je vais
Maman dit que lorsqu’on cherche bien,
On finit toujours par trouver
Elle dit qu’il n’est jamais très loin,
Qu’il part très souvent travailler
Maman dit « Travailler c’est bien »
Bien mieux qu’être mal accompagné !
Pas vrai ?
Refrain :
Où est ton papa ?
Dis-moi, où est ton papa ?
Sans même devoir lui parler,
Il sait ce qu’il ne va pas
Un sacré papa
Dis-moi où es-tu caché ?
Ça doit faire au moins mille fois,
Que j’ai compté mes doigts
Hé, où t’es ? Papa où t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Quoi, qu’on y croit ou pas,
Il y aura bien un jour où on n’y croira plus
Un jour où l’autre on sera tous papa
Et d’un jour à l’autre, on aura disparu
Serons-nous détestables ?
Serons-nous admirables ?
Des géniteurs ou des génies
Dites-nous qui donne naissance aux irresponsables ?
Ah, dites-nous qui, tiens
Tout le monde sait comment on fait des bébés
Mais personne ne sait comment on fait des papas
Monsieur j’sais tout en aurait hérité, c’est ça ?
Il faut l’sucer d’son pouce ou quoi ?
Dites-nous où c’est caché ?
Ça doit faire au moins mille fois
Qu’on a bouffé nos doigts

Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où est ton papa ?
Dis-moi, où est ton papa ?
Sans même devoir lui parler,
Il sait ce qu’il ne va pas
Un sacré papa
Dis-moi où es-tu caché ?
Ça doit faire au moins mille fois,
Que j’ai compté mes doigts
Où est ton papa ?
Dis-moi, où est ton papa ?
Sans même devoir lui parler,
Il sait ce qu’il ne va pas
Un sacré papa
Dis-moi où es-tu caché ?
Ça doit faire au moins mille fois,
Que j’ai compté mes doigts
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
Où t’es ? Papa ou t’es ?
'Men emaout-te?

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