Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Mevelion

par Andrev

publié dans Les légendes de la Révolution

Sous l'ancien régime, les domestiques n'étaient pas, comme aujourd'hui, des "gens de maison", c'étaient des "Gens de la Maison"; ils faisaient, en quelque sorte, partie de la famille, servant toute leur vie, et souvent de père en fils, les mêmes maîtres, qu'ils aimaient et qui les aimaient. On en voit des preuves touchantes et admirables, lors de las Révolution (française), dans la conduite de tant de domestiques fidèles et dévoués, qui sacrifièrent leur fortune et risquèrent leur tête pour le salut de leurs maîtres; on en voit aussi l'affirmation dans beaucoup de lettres de cette époque. C'est ainsi que la dernière pensée du jeune Lantivy-Trédion, au moment de son exécution, est pour sa gouvernante, dans la lettre qu'il écrit à sa soeur avant d'être fusillé le 25 Août 1795, à Vannes:

"Je n'aurais jamais cru, ma pauvre et bien-aimée soeur, que l'on m'eût refusé la seule consolation qui me restait, qui était de voir un prêtre pour me préparer à  mes derniers instants. Enfin, ma bonne amie, il faut en passer par toute la bizarrerie du sort. Peut-être serais-je plus heureux que ceux qui me survivent! Ma mort te sera sûrement toujours présente. Mais, ma chère, pense que je suis mort en honnête homme et que je ne regrette que ma pauvre famille. Prie pour moi à chaque instant (...), n'oublie jamais ma pauvre bonne ni les braves gens qui ont bien voulu s'intéresser à moi (...) Kermoisan (Rolland-Gabriel de Kermoisan) et moi mourrons ensemble, toujours amis et nous consolant mutuellement du chagrin que nous vous causons. Adieu.

Ton trop malheureux frère, Lantivy."

in "Ploërmel, ville et sénéchaussée"

Marquis de Bellevüe, collection M.-G. Micberth, p. 292

Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition
Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition

Taolenn en iliz Alinog, Kernev, XVIIet kantved / Tableau du XVIIe siècle, dans l'église d'Allineuc (en Cornovie armoricaine), qui met en scène les gens d'une même maison bourgeoise, accompagnés d'autres personnes de l'extérieur et de différente condition

Voir les commentaires

Sant Maelor

par Andrev

Sant Maelor, eskob Dol

Saint Magloire, évêque de Dol

en Domnonée, Bretagne

+ 586

Saint Magloire naquit dans le sud de la Bretagne insulaire, dans le Glamorgan, en l'actuel Pays de Galles, et y fut éduqué par saint Ildut en son monastère, en compagnie de son cousin saint Samson (avec qui il fit la traversée vers la Bretagne armoricaine), et d'autres saints connus de notre pays,  tels Pol, Gweltaz, Lunaire... Saint Samson devint évêque de Dol, et à sa mort, c'est Magloire qui lui succéda, mais celui-ci se retira dans une île de Domnonée, Serck ou Jersey, où il mourut. Son souvenir se perpétua sur l'ile de Jersey, ainsi qu'à Dinan, en Domnonée continentale.
Dans l'art, on le représente recevant la Sainte Communion d'un Ange.


 

Sant Maelor

Saint Magloire fut le premier abbé du monastère de Lanmeur, dans le Trégor, qui devint une paroisse et enclave de l'ancien archevêché de Dol, en Bretagne continentale. Il gouverna ce monastère avec prudence et sainteté durant 52 ans. A la mort de saint Samson, il fut élu pour le remplacer à Dol comme son abbé. Malgré ses hésitations, se sentant indigne et incapable, il accepta, mais ne resta que 2 ou 3 ans sur le siège; il était déjà septuagénaire. Alors, avec le consentement des fidèles, il se retira dans un désert, où il se bâtit une cellule. Mais bien vite sa solitude fut interrompue par les âmes qui venait vers lui mander ses prières pour les guérir ou les libérer d'esprits mauvais.

Un prince, Lois Escon, fut par Magloire guéri de la lèpre, qui l'avait affligé 7 ans durant, et lui donna l'entièreté de l'île de Jersey, qui était sa propriété. Là, saint Magloire bâtit un nouveau monastère, dans lequel 62 moines servirent Dieu. Il bâtit un oratoire, défricha l'île et sema du blé. Pour le moudre, il construisit un moulin à eau et un petit barrage. Le moulin n'y existe plus, mais le cour d'eau coulait non loin de l'actuel monastère "La Moinerie", et contenu par l'Ecluse (barrage du moulin), il tombait en cascade vers la plage que l'on appelle encore "Port du Moulin" (ou "mill-Haven").

Entre les bras de ses frères, il mourut quelques années plus tard. Dans l'église, il reçut le Viatique des mains d'un Ange, et refusa ensuite de la quitter, répétant constamment les mots de David, le Psalmiste-roi d'Israël : "Je n'ai demandé qu'une chose au Seigneur, et ne cesserai de la Lui demander - c'est que je puisse habiter Sa maison chaque jour de ma vie". De grands miracles eurent lieu à son tombeau, placé dans cette même église.

De longues années durant, l'île jouit d'une réputation considérable parmi les populations Chrétiennes des Iles de la Manche, de la péninsule du Cotentin et de la Petite-Bretagne, à cause de saint Magloire. Des fils de nobles continuèrent à venir à Jersey, de Bretagne, d'Angleterre et de Neustrie, pour y éduquer leurs cœurs et leurs intelligences.

En 850, le roi de Bretagne Nominoe donna à des moines de son pays une terre pour y bâtir un monastère, à condition qu'ils y ramènent les reliques d'un saint capable de guérir son âme. C'est ainsi que se développa le monastère de Léhon, au pied de la petite montagne abrupte qui le surplombait, dont on voit encore aujourd'hui quelques pierres de la forteresse qui s'y accrochait et où Nominoë veillait sur la Bretagne. Ce lieu est baigné par la Renk (Rance), en contrebas des faubourgs de la cité de Dinan. Les moines, à la demande de Nominoë, firent donc voile vers Jersey pour y voler pieusement les reliques du saint. La légende dit que Magloire avait tellement envie d'attendre le Jugement sur les bords de la Rance, qu'il donna un coup de main à son propre enlèvement en réduisant le poids de son sarcophage. Et pour que le raid puisse s'achever avec succès, un souffle miraculeux de vent repoussa les poursuivants sur leur île, permettant aux ravisseurs de continuer sans dommage leur chemin vers l'estuaire de Saint-Malo.

Quelques années auparavant, une bande de pillards du royaume du Danemark, avait déjà tenté de s'attaquer au cercueil de saint Magloire. Ils ne cherchaient pas les reliques, mais leur longue expérience de pillage des sépulcres en Bretagne, Irlande et Ecosse leur faisait espérer d'y trouver des biens plus intéressants à utiliser que des saintes reliques. A peine le dessus du sarcophage avait-il été soulevé que les 7 voleurs se trouvant à côté furent frappés de cécité.

 

aperçu du pays de Dol, depuis le Mont-Saint-Michel

aperçu du pays de Dol, depuis le Mont-Saint-Michel

Voir les commentaires

Breizh ar Reter

par Andrev

publié dans Breizh , Brezhoneg

Karozh / Caro, évêché de Saint-Malo

Karozh / Caro, évêché de Saint-Malo

Un épisode peu connu de l'histoire de Bretagne, celui qui s'étire pendant près de 700 ans dans la moitié orientale de ce pays, entre 800 et 1500, soit à partir des violents empiétements des Francs de Charlemagne et ses successeurs, jusqu'à fin de l'indépendance politique de la Bretagne. Ce processus peut concerner aussi la Bretagne entière, sauf que son autre moitié occidentale - soit la Cornouaille, le Vannetais de l'ouest, le Léon et le Trégor - n'en ont que subi le contrecoup, plus tard et plus lentement.

Nous parlons donc ici du territoire correspondant aux anciens évếchés de Dol, Saint-Malo et Saint-Brieuc, en y adjoignant le pays de Redon, soit la moitié est de l'ancien royaume de Domnonée, qui correspond précisément à l'ancien territoire des Coriosolites, l'une des nations composant la confédération armoricaine avant l'arrivée des Bretons.

Autour de l'an 800, les Bretons ont fini leur émigration en Armorique et se sont installés durablement et abondamment entre Saint-Pol et Auray. Mais à l'est de ces pays définitivement bretons, la frontière - non seulement politique mais aussi culturelle - reste mouvante avec le voisin franc, qui va s'employer à ce que la civilisation bretonne ne déborde pas sur cette zone orientale de l'Armorique où les communautés gallo-romaines sont denses et laissent moins de place au fait breton. Cela se traduit par des invasions incessantes de cette "zone mixte", qui pourtant fut une des premières à recevoir l’émigration massive des Bretons de l'ile, et par une adhésion des anciens Armoricains, principalement les Redones et les Namnètes, à la politique franque, via un clergé gagné à la légitimité "romaine" des rois Francs.

Si les rois francs semblaient déterminés de reprendre les limites de l'ancien empire romain, c'est peut-être tout à leur honneur, mais la présence des Bretons sur le continent était tout autant légitime, dans la continuité de la mission qu'ils avaient reçue de Rome pour la sécurité des mers. Cela explique sans doute la ténacité des deux partis, et que la France, voyant ses agressions militaires sans résultat, sembla miser dès lors sur une partition idéologique du pays qui l'affaiblirait considérablement à plus ou moins long terme. Loïc Langouet écrivait dans un livre sur les Coriosolites: « La politique d’intégration menée par l’administration romaine dans les provinces, fut, on le sait, fondée sur la persuasion, sur la déculturation des élites, plutôt que sur la force brute. » Il semble que cette politique fut reprise par les souverains francs, jusqu'à nos temps modernes où c'est eux à leur tour qui voient leur hexagone artificiel voler en morceaux.

Quand les rois Nominoë, Erispoé et Salomon mirent un terme au pillage du Rennais, et fixèrent une frontière au-delà de Fougères et Pontorson, c'était déjà trop tard: la bretonnité n'avait pas pris dans la zone romane et ne prendrait jamais. Elle se retrancherait vers l'intérieur des terres, dans le Porhoët. Tandis que Saint-Malo se francisait rapidement, Ploërmel restait bretonnante bien plus longtemps, peut-être même jusqu'au XVIIe siècle pour les villages les plus irréductibles, comme il semble que cela été à Loyat ou à Calorguen.

Durant ce long laps de temps entre la fin de l'émigration bretonne et la fin du Moyen-Age, où les éléments de compréhension nous manquent trop sans doute, il y a en effet des indices forts d'un abandon de la culture héritée des îles celtiques, qui, s'il fut universel dans les Bretagnes armoricaine, galloise et écossaise, fut particulièrement décisif et "réussi" dans l'Armorique brittophone de l'Est, comme le moteur qui entraîna la perte de la Bretagne, tout comme celle-ci perdit le contact peu à peu avec le Cornwall, le Pays de Galles, l'Irlande... La plus grande catastrophe culturelle semble être alors la perte de la mémoire, par l'intrusion massive d'un clergé gallo-franc, à l'instigation de nos princes au lendemain des apocalyptiques destructions normandes, pour remplacer les communautés et monastères britto-irlandais. Et cela se passe dans cette Bretagne de l'Est abondante en communautés gallo-franco-romaines gagnées à la cause des Francs depuis longue date (depuis Clovis). Fait étonnant: pendant ces 700 ans, les communautés brittophones de l'est ne sembleront pas se mélanger aux communautés romanophones dont les terres jouxtent les leurs: ce dernier phénomène est, à mon avis, très révélateur que la débretonnisation de ce coin de Bretagne ne fut pas naturelle.

Et l'on a continué de nos jours dans ce fatalisme d'une Bretagne double, scindée en deux entités culturelles, scission évoquée malheureusement jusque sur le néodrapeau "breton" et sa partition symbolique en bandes alternativement noires et blanches, comme si la Bretagne ne devait être que double, éternellement bretonnante à l'ouest et gallo à l'est. Pourtant, si la Bretagne avait été en paix avec son voisin, elle eut parlé breton jusqu'au bassin de Rennes, et sans doute que Fougères et Ancenis eussent été des enclaves romanophones, mais de peu de poids face à une bretonnité forte et universelle.

La France, de son côté, après avoir détruit la Bretagne et d'autres nations, peut-elle être en paix avec elle-même? Va-t-elle comprendre ce qui lui arrive aujourd'hui?

Le temps des mille ans s'achève, dit Jean Raspail. Mais elle persiste à se saborder elle-même et de se priver de ce qui aurait pu devenir une précieuse amitié dans le concert des nations. Il lui faut toujours ce "grand rassemblement" hexagonal, duquel elle s’accommode comme d'une vieille nippe. Le prétendant au trône français, Louis XX, est venu marqué son territoire l'année dernière, en terre bretonne, en une petite visite du sanctuaire de Kêranna (Ste-Anne-d'Auray), que lui et ses fransquillons et bretons inféodés ont investi, le temps d'une cérémonie, à l'invitation de l'évêque local, l'évêque du département français où l'on a mis ce sanctuaire. Ce même évêque a béni récemment son diocèse révolutionnaire du Morbihan, le nommant fallacieusement "évêché de Vannes": toujours cette usurpation idéologique par la mystique française...

La Vierge Marie donna un signe fort aux Bretons, à Plounevez-Lokrist, dans le Léon, dans un message à une paysanne à laquelle un prêtre demandait pourquoi elle apparaissait en ce lieu sans parler breton (messages encore non reconnus par l'évêché révolutionnaire du Finistère):

" Lavar da va bugale Breizh eo bras dreist va c'harantez evito, met beac'het pounner va c'halon o welet anezho o koll hag o feiz hag o yezh. Ma na gomzan ket brezhoneg o tiskeñn war ho touaroù eo e karfen e ve displeget va c'homzoù dre ar bed, met dreistholl dre ar Frañs, ar Vro-se hag a garan kement, a garfen da skoazellañ ha da saveteiñ diouzh an darvoudoù a venn he skeiñ. Va bennozh d'an holl Vretoned ! Ra zalc'hint d'ar bedenn, d'o feiz ha d'o yezh, ha ra zeuint holl gant karantez da soublañ d'am goulennoù !"

En voici la traduction: "Dis à mes enfants de Bretagne que mon Amour est grand pour eux, mais mon coeur est lourd de les voir perdre leur foi et leur langue. Si Je ne parle pas le breton en descendant sur vos terres, c'est parce que Je voudrais que mes Paroles soient répandues dans le Monde, mais surtout en France, ce pays que J'aime tant, et que Je voudrais soutenir et sauver de tous les châtiments qui le menacent. Je donne ma bénédiction aux Bretons: puissent-ils garder la prière, leur foi et leur langue, et qu'ils répondent tous avec amour à mes demandes."

Miniog / Ménéac, évêché de Saint-MaloMiniog / Ménéac, évêché de Saint-Malo

Miniog / Ménéac, évêché de Saint-Malo

Quand je parcours mon pays de Dol à Redon, il m'apparaît comme une Bretagne endormie et oubliée, un arbre aux racines profondes mais qui a perdu son ramage.

Quand on parcourt cette "Haute-Bretagne", on a peine à faire un lien entre ses églises et celles de Trégor, Cornouailles, Léon... C'est parce que, je pense, les églises sont dans ces dernières contrées des édifices relativement récents, qui ont succédé à de plus anciennes aux formes différentes et plus communes, avant l'exaltation de l'art religieux breton des XV-XVIe siècles. Mais si on ouvre les yeux et qu'on oublie un peu les églises, on s'aperçoit que la Bretagne orientale a des éléments évidents de bretonnité: les noms de paroisses tout d'abord, ils sont presque tous de la langue brittonique entre Uzel et Plélan, puis vient le bassin de Rennes où l'on passe à autre chose. Pour les villages, un bon tiers sont de la langue celtique, et dans certains coins on atteint plus de 50 pour cents, et pas forcément vers la frontière linguistique occidentale. C'est que par ici, la population est ethniquement plus armoricaine, et du même coup plus romanisée, puis francisée. Le type amérindien aux cheveux de jais s'y trouve encore, qui côtoie les cheveux blonds d'une couche sans doute bretonne s'étant superposée à la population. L'ancien habitat ensuite, y est bien plus resté que plus à l'ouest, et ses manoirs et anciennes fermes ressemblent en tout point à ceux autour de Gourin ou Tréguier. Et si vous aviez parcouru cette Bretagne il y a 150 ans, vous vous y seriez sentis plus naturellement en Basse-Bretagne: les habits, les arts et les coutumes y étaient semblables. Des lits-clos de Cancale aux coiffes rebrassées de Ploërmel, c'était peut-être le même pays, sauf la langue, et encore! si la langue y était romane, Dieu sait si elle devait être belle et chantante, comme je l'ai parfois entendu encore autour de Dinan. Enfin, des croix et calvaires par milliers, bien plus qu'à Saint-Pol et Quimperlé, d'une beauté saisissante autour de Ploërmel, ces croix plates sculptées dans les schistes bleus, vert et pourpre du pays.

Pour revenir à la langue, si on l'a parlé sans doute dans quelques villages isolés de Ploërmel et Dinan jusqu'à l'aube du XVIIIe siècle, cette langue semble pourtant toujours mystérieusement vivante, pas seulement dans sa permanence dans les noms de paroisses et villages, mais aussi dans les formes antiques qu'elle propose, issues des moyen- et haut-breton, soit de la langue brittonique primitive que l'on ne parle plus ni au Pays-de-Galles, ni dans la Basse-Bretagne actuelle. Les formes fossilisées semblent parfois plus vivantes que leurs descendantes...

 

Voir les commentaires

Menez-Sant-Mikael

par Andrev

publié dans Breizh , Bretagne

Deus geunioù Dol
Deus geunioù Dol

De la perte du Mont-Saint-Michel, sous Alain III de Bretagne.

"Après l'agression du roi de la mer viking Olaf sur Dol-de-Bretagne en 1014, le duc Richard II de Normandie profite de la situation et repousse vers 1027-1030 la frontière avec la Bretagne de la Sélune au Couesnon. Il avait pris le contrôle de l'abbaye du Mont-Saint-Michel dès 1009 et l'abbé Maynard II s'était replié à l'Abbaye Saint-Sauveur de Redon pour être remplacé par l'abbé Hildebert Ier, choisi par Richard II" (wikipedia Alain III)

Pourtant, quelque mystique - je crois qu'il s'agit de l'extatique Marie-Julie Jahenny - a vu l'Archange qui veillait sur la Bretagne depuis son Mont. Sûr que c'est vrai!

Aotroù Sant Mikael benniget,

diwar ho tron 'us d'ar stered

Ni ho ped Arc'hael dudius

Rei dimp ur sell trugarezuz!

(d'un cantique des Montagnes Noires)

Voir les commentaires

Un nom et une forme

par Andrev

publié dans Chine , inculturation , Europa

"Nous vous avons enlevés de vos demeures et vous avons parqués dans des dortoirs modernes, hygiéniques."

Un nom et une forme

L'histoire de la République de Chine débute avec la chûte de la dynastie Qing et la formation d'une république constitutionnelle en 1912.

1949. Le régime de Tchang Kaï-tchek tombe, avancées communistes foudroyantes et exode massif des Anglais vers Hong-Kong. C'est en ce lieu et en cette année qu'un ancien missionnaire parle de la Chine au docteur-écrivain Han Suyin, évoquant l'échec de l'Européanisme dans l'Empire du Milieu.

"Je suis un des rares qui ne soient ni ulcérés ni déroutés par ce qui se passe à l'heure actuelle. Comme pouvions-nous espérer autre chose de notre enseignement que ce qui arrive maintenant en Chine? Nous avons allié le Christ à l'émancipation des femmes, aux réformes sociales et à la construction des hôpitaux. Nous avons préparé le sol et arrosé les graines de cette formidable puissance qui va dominer la Chine et stupéfier le monde. Nous, les missionaires! Ni Marx, ni les Russes. C'est nous qui avons fait ça au moyen de nos écoles et universités missionnaires, de nos unions chrétiennes de jeunes gens et de jeunes filles. Puis le communisme est venu, il s'est emparé de la force et de la puissance que nous avions développées et leur a donné un nom et une forme, parce que, nous, nous n'avions plus rien à vous offrir.

"Nous avons donné à votre jeunesse chinoise l'habitude de se réunir en groupes, nous avons raillé et démoli votre tendance à vous enfermer en vous-mêmes et votre horreur des masses. Nous avons enlevé vos savants esthètes à leur versification et les avons forcés à consacrer leur plume et leur langue au bien de millions d'êtres, au lieu de les réserver aux délices de quelques-uns. Nous avons bâti de grandes universités au coeur ou à proximité de vos villes affairées, populeuses, grouillantes d'agitation et de colère. Nous vous avons enlevés de vos demeures et vous avons parqués dans des dortoires modernes, hygiéniques. Nous avons développé en vous un esprit de communauté, vous avons fait jouer à des jeux collectifs, vous détendre en chantant en choeur. Nous vous avons inculqué vos devoirs envers la patrie jusqu'à provoquer en vous un complexe de rédemption à l'égard de votre pays.

"L'éducation que nous vous avons procurée vous a coupés de vos vieilles traditions et a fait de votre esprit déraciné un sol fertile pour recevoir le plus imposant et le plus vague des humanismes qui consolent l'humanité. Nous vous avons enseigné quantité de termes abtraits, qui ne se trouvaient point dans votre langue: démocratie, liberté, égalité - sans nous inquiéter de découvrir ce qu'ils signifiaient pour vous... voire nous-mêmes. Nous vous avons parlé de l'éducation des masses et de l'abolition des injustices. Vos idées politiques ont beau être marxistes à présent, la ferveur et la foi qui vous ont poussés en avant sont enracinées dans notre christianisme social (...)

"Oui, nous vous avons parlé du Royaume de Dieu et vous vous efforcez, à votre tour, de le faire venir sur la terre. Vous nous avez démasqués avec notre façon de garder notre christianisme bien à l'abri et pour nous seuls, avec toute l'importance que les nations chrétiennes attachent à la richesse et au succès matériel, pendant que nous vous prêchons le trésor au Ciel. Vous nous avez démasqués de longue date!

- Que faites-vous, à part l'agriculture? lui demandai-je (...)

- Je m'efforce de découvrir ce que la parole de Dieu signifie pour moi. C'est quelque chose si grand! Or il me semble, pour l'heure, que le plus important c'est de m'instruire sur moi-même et non d'enseigner les autres. (...) Qu'allez-vous faire?

- Je vais aller en Chine exercer la médecine. Non parce que je suis communiste, mais parce que je suis chinoise.

traduction de "A Many-Splendoured Thing" (Multiple Splendeur), de Han Suyin, 1952

Un nom et une forme

*

Voir les commentaires

Quadragesima

par Andrev

Les Quatre-Temps sont, dans le calendrier liturgique catholique, un temps de jeûne au commencement de chacune des quatre saisons.

Dans chacune des quatre saisons de l'année, il y a une semaine dite des Quatre-Temps dont le mercredi, le vendredi et le samedi sont fixés comme jours de jeûne et pourvus d'un formulaire propre.

Ce cycle trimestriel lié aux saisons existe dans la liturgie romaine à côté du cycle annuel depuis la plus haute antiquité. Ainsi, le pape Léon le Grand a laissé une série de sermons pour les Quatre-Temps.

À la fin du Moyen Âge, les jours des Quatre-Temps étaient encore des fêtes d'obligation, mais au cours des siècles ils sont devenus moins courants dans la pratique chrétienne.

Le Cérémonial des évêques (Cæremoniale Episcoporum) de 1984 recommande de prier aux Quatre-Temps « pour les divers besoins des hommes, en particulier pour les fruits de la terre et les travaux des hommes » et laisse aux conférences épiscopales le soin de régler la manière de les célébrer.

Les semaines des Quatre-Temps sont fixées comme suit1:

  • Semaine qui suit le premier dimanche du Carême
  • Semaine de la Pentecôte
  • Semaine suivant l’Exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre)
  • Semaine suivant le troisième dimanche de l’Avent
Le Combat de Carnaval et Carême, Pieter Brueghel l'Ancien (1559)

Le Combat de Carnaval et Carême, Pieter Brueghel l'Ancien (1559)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quatre-Temps

Voir les commentaires

An Alarc'h

par Andrev

publié dans Breizh , Bretagne

Jean de Montfort ruina pour plus d'un siècle les prétentions de la couronne de France sur le duché de Bretagne

An Alarc'h

En 1341, Jean III de Bretagne meurt sans postérité. Deux prétendants se disputeront la Bretagne: son demi-frère Jean de Montfort, seigneur de Guérande, et sa nièce Jeanne de Penthièvre, mariée au français Charles de Blois. La querelle intéresse l'Angleterre et la France en conflit, et chacun intervient sur le sol de Bretagne. Jean de Montfort prête hommage à Edward III, roi d'Angleterre et meurt d'une blessure au siège de Quimper. Son fils Jean, sous tutelle anglaise, finit par reprendre en mains les destinées du Duché et bat Charles de Blois à la bataille d'Auray, le 29 Septembre 1364. Jeanne de Penthièvre et ses partisans se rallient ainsi à Jean IV.

Mais Jean ne réussit pas à asseoir son autorité dans un pays encore divisé, tandis qu'il louvoie entre la France et l'Angleterre, ne sachant trouver un solution mais finissant par une allégeance secrête à Edward III d'Angleterre, chose que la France ne tarde pas à savoir et lui donne prétexte de voter en son parlement de Paris la réunion de la Bretagne à la couronne, tandis que Jean s'est exilé en Angleterre. Charles V a très mal joué pourtant, car il ne s'attend pas à une réaction énorme des Bretons. Jeanne de Penthièvre elle-même s'insurge contre la France et assure le Duc de son soutien. Voici ce que narre à ce sujet, la Chronique d'Auray, non sans humour et écrite par un moine de la Chartreuse, au couvent qui fut élevé par Jean IV à l'emplacement de la bataille d'Auray:

"Le roi de France Charles V crut ne devoir plus ménager ce prince infortuné (le Duc Jean IV) et qu'il était temps de le pousser à bout pour envahir la Bretagne. Sage comme il l'était, il parut s'oublier à cette occasion dans l'arrêt qu'il fulmina le 18 Décembre 1378 dans sa cour des pairs déclarant Jean de Montfort déchu du Duché pairie de Bretagne pour crime de félonie et de lése-majesté; et le dit duché réuni par cette défection criminelle au domaine de la couronne de France. Cet arrêt foudroyant fut comme un premier coup de tocsin qui réveilla les seigneurs bretons de leur égarement létargique, et leur fit sentir le joug, qu'on avait préparé adroitement de loin et sous lequel ils allaient succomber par leur propre indiscrétion; aussi près qu'au moment on les vit tous se réunir de concert contre cette puissance étrangère et inconnue à leurs pères prête à les subjuguer; ils firent conjurer le Duc réfugié à la cour d'Angleterre de venir les délivrer du joug que le roi de France voulait leur imposer, à son propre préjudice et à la ruine de la maison ducale; et comme le duc s'empressa de se rendre en Bretagne à leur sollicitation, ils allèrent au devant de lui jusqu'à Saint-Malo, s'avançant même à travers les vagues de la mer et s'y prosternant, comme par repentir de leur rébellion, et en vénération de ce prince qui aborda le 3 Août 1379 au havre de Solidor accompagné de Robert de Knole, avec deux cent archers et cent homme d'armes."

C'est là l'une des plus belles pages de l'histoire de Bretagne. Tout le peuple était accouru dans les dunes de Dinard pour accueillir leur prince, leur Cygne, tel que le chantaient autrefois nos ancêtres: An Alarc'h

Erru ul lestr e pleg ar mor
E ouelioù gwenn gantañ digor

Degoue'et an Aotrou Yann en-dro
Digoue'et eo da ziwall e vro

D'hon diwall di
ouzh ar C'hallaoued
A vac'hom war ar Vretoned

Jean, une fois rendu à Dinan le 9 août 1379, les « Etats de Bretagne se réunissent dans la salle capitulaire des Jacobins pour entendre le nouveau duc Jean IV dire tout le bien qu’il pense des forces occu­pantes" (1):

"L’avidité des Français est prodigieuse. Ils ne peuvent se rassasier d’or et d’argent, ils se jettent sur notre Bretagne pour nous voler nos rentes et nos biens… Et encore cela ne les satisfait pas : ils veulent maintenant nous mettre en perpétuel esclavage. »

A Dinard, une plaque commérative du débarquement du Duc Jean se trouve face à la grève où débarqua le prince. Jean y est représenté comme un nouveau roi Arthur.

(1) « L’Histoire en Héritage – Dinan » Peter Meazey – Yvon Blanchot (2002 - Editions Communicom

Voir les commentaires

Sant Samzun

par Andrev

publié dans sent Breizh , Breizh , Bretagne

Dol, Bretagne

Dol, Bretagne

Né vers 460 sur l'ile de Bretagne, il fut envoyé, comme beaucoup de jeunes enfants de l'époque, au monastère de saint Ildut, où il se forma avec d'autres saints connus encore aujourd'hui des Bretons, tels Pol, Dewi, Lunaire. Puis il alla, avec saint Théliau, au monastère de saint Dubric, Landaff. Samson fut ensuite nommé archevêque, dans la capitale bretonne Eburacum, à mi-distance entre Londres et Glasgow (et qui devint, sous l'occupation anglaise, la ville de Eoforwic, puis l'actuelle York). Par répercussion, quand Samson vint s'établir en Nouvelle-Bretagne, ou Brittania Minor - soit la Bretagne continentale actuelle -, son monastère de Dol fut choisi par le roi Nominoë pour devenir le nouvel archevêché de Bretagne.

Son père était Hamon, de la famille de Démétie (Dyfed, actuel Pays-de-Galles), et sa mère s'appelait Anna. Quand ils abordèrent Llanildut, le monastère de saint Ildut, pour y confier leur enfant, le saint abbé s'écria sous la motion du Saint-Esprit:

« Trugarekaomp an Doue hollc’halloudek en deus teurvezet enaouiñ en hor pobl, evel ma welomp, ar c’houlaenn-mañ war an douar. Setu penn meurdezus hor bro hag ar pennveleg drreist a vezo talvoudus da galz a dud en tu-mañ ha tramor ; setu beleg dispar an holl Vretoned ; setu, goude an ebestel, an doktor ar gouiziekañ eus an holl ilizoù ».

Ce qui veut dire "Rendons grâce au Dieu Tout-Puissant, qui a daigné allumer pour notre peuple, comme nous la voyons, cette lumière sur la terre. Voici le chef glorieux de notre pays et l'archiprêtre éminent pour le bien de beaucoup  d'entre nous, ici et de l'autre côté de la mer; voici le grand prêtre de tous les Bretons; voici, à la suite des apôtres, le docteur le plus éminent de toutes nos Eglises".

Et il est vrai que, dans toute la Domnonée, soit dans le premier royaume de l'immigration bretonne en l'Armorique, les dépendances du monastère de saint Samson, sis à Dol, seront multiples dans les évêchés de Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier et Saint-Paul-de-Léon.

Saint Samson débarqua, avec les saints Méen et Malor entre autres compagnons, près de Kankaven (Cancale). Le prince Privat, qui fut guéri à la prière de saint Samson, attribua à ce dernier les terres de Dol.

Sant Samzun

Voir les commentaires

Santez Anna

par Andrev

publié dans Feiz , Foi , Santez Anna

Santez Anna

Je vois un intérieur. Assise devant un métier, une femme d'un certain âge. À la voir, avec ses cheveux qui autrefois étaient noirs, maintenant grisonnants, avec son visage sans rides mais déjà plein de cet air sérieux qui vient avec l'âge, je dirais qu'elle peut avoir de cinquante à cinquante-cinq ans, pas plus.

Je la vois qui tisse. La pièce est toute illuminée par la lumière qui pénètre par la porte, ouverte sur un vaste jardin-potager, une petite propriété, dirais-je, parce que le jardin se prolonge en ondulations qui aboutissent à une verte pente. Cette femme est belle, avec ses traits spécifiquement hébreux. L'œil est noir et profond je ne sais pourquoi il me rappelle celui du Baptiste. Mais ce regard noble comme celui d'une reine est rempli de douceur c’est comme si sur l'éclat d'un regard d'aigle s'étendait un voile d'azur. Il est doux avec un léger voile de tristesse, comme si elle pensait à des choses perdues.

Le teint est légèrement brun. La bouche, un peu large et bien dessinée, a une expression austère, mais sans dureté. Le nez est long et fin légèrement courbé a la base, un nez aquilin qui s'harmonise bien avec les yeux. Elle est robuste mais pas grasse. Bien proportionnée et grande, comme on peut le deviner alors qu'elle est assise.

Il me semble qu'elle tisse un rideau ou un tapis. Les navettes multicolores passent rapidement sur une trame marron foncé. La partie déjà faite montre un vague entrelacement de grecques et de rosaces dans lesquelles le vert, le jaune, le rouge et un azur aux reflets de cuivre se croisent et se fondent en une mosaïque.

La femme a un vêtement très simple et foncé. C’est un violet rouge qui paraît emprunté au ton violet de certaines pensées.

Entendant frapper à la porte, elle se lève. Elle est assez grande. Elle ouvre. Une femme lui demande : "Anne, veux-tu me donner ton amphore ? Je la remplirai."

La femme emmène avec elle un petit gamin de cinq ans. Il s'attache tout de suite à la robe de celle qu'on vient de nommer Anne. Elle le caresse, tout en allant dans une autre pièce d'où elle rapporte une belle amphore de cuivre. Elle la présente à la visiteuse en lui disant : "Toujours bonne, toi, avec la vieille Anne. Que Dieu te récompense en ce petit et dans les enfants que tu as et que tu auras, toi bienheureuse !" Anne pousse un soupir.

La femme la regarde, ne sachant que dire après ce soupir. Pour adoucir la peine qu'elle devine, elle dit : "Je te laisse Alphée si cela ne t'ennuie pas; ainsi je vais faire plus vite à te remplir plusieurs brocs et jarres. "

Alphée est bien content de rester, et on s'explique pourquoi. La mère partie, Anne lui passe le bras autour du cou et le porte au jardin. Elle le lève à la hauteur d'une tonnelle de raisins d'un blond de topaze et lui dit : "Mange, mange, c'est bon" et elle couvre de baisers le petit visage tout barbouillé de jus de raisins que l'enfant égrène avidement. Puis elle rit, elle rit et semble tout à coup plus jeune avec les nagées de perles qui lui ornent la bouche et la joie qui éclate sur son visage effaçant les années, lorsque l’enfant lui dit : "et maintenant, que vas-tu me donner ?" et il la regarde écarquillant ses yeux d’un gris azur sombre.

Elle rit plaisante et, en s'inclinant sur ses genoux, elle dit : "Que me donneras-tu si je te donne... si je te donne... devine quoi ?"

L'enfant, battant des mains, tout rieur : "Des baisers, des baisers je t'en donnerai, Anne belle, Anne bonne, Anne maman !..."

Anne, quand elle l'entend dire : "Anne maman", pousse un cri de tendresse et de joie. Elle serre contre son cœur le petit en disant : "O joie ! Cher ! Cher ! Cher !" À chaque "cher" un baiser descend sur les joues roses.

Et puis ils vont à une étagère et d'un plat sortent des galettes de miel. "Je les ai faites pour toi, beauté de la pauvre Anne, pour toi, qui m'aimes bien ! Mais, dis-moi, combien m'aimes-tu ?"
Et l'enfant, pensant à la chose qui l'a le plus impressionné, répond : "Comme le Temple du Seigneur." Anne baise encore ses yeux pétillants de vie, et l'enfant se frotte contre elle comme un petit chat. Sa mère va et vient avec le broc plein. Elle rit sans rien dire. Elle les laisse à leurs épanchements.

Un homme âgé arrive du jardin. Il est un peu moins grand qu'Anne, la tête couverte d'une chevelure toute blanche. Son clair visage s'encadre dans un carré de barbe, deux yeux azur comme des turquoises entre des cils d’un châtain clair presque blond. Son vêtement est marron foncé.

Anne ne le voit pas, car elle tourne le dos à l'entrée. Il lui prend les épaules en disant : "Et, pour moi, rien ?" Anne se retourne et dit: "O Joachim, tu as fini ton travail ?" En même temps le petit Alphée lui dit : "À toi aussi, à toi aussi" et.. quand le vieillard s'incline et l'embrasse, l'enfant lui passe les bras autour du cou, lui caresse la barbe de ses petites mains et l'embrasse.

Joachim aussi a son cadeau. Il va prendre, de sa main gauche, derrière son dos une pomme, brillante, et dit à l'enfant qui lui tend avidement les mains : "Attends que j'en fasse des bouchées. Tu ne peux la manger comme ça. Elle est plus grosse que toi" et avec un couteau qu'il porte à la ceinture, un couteau de jardinier, il en fait des tranches et des bouchées. Il semble donner la becquée à un oiseau au nid tant il met de soin à présenter les morceaux à la petite bouche ouverte qui ne cesse d’ingurgiter.

"Mais regarde quels yeux, Joachim ! Ne dirait-on pas deux petits fragments de la Mer de Galilée quand la brise du soir étend un voile de nuages sur le ciel ?" Anne parle en tenant la main appuyée sur l'épaule de son mari et en s'appuyant légèrement sur lui : un geste qui révèle un profond amour d'épouse, un amour intact après de nombreuses années de mariage.

Et Joachim la regarde avec amour et marque son assentiment en disant : "Très beaux ! Et ces cheveux frisés ? N'ont-ils pas la couleur des blés mûrs ? Regarde à l'intérieur ce mélange d'or et de cuivre."

"Ah ! si nous avions eu un enfant, c'est comme cela que je l'aurais voulu, avec ces yeux et cette chevelure..." Anne s'est inclinée, agenouillée même, et elle embrasse avec un soupir ces yeux gris azurés.

Joachim soupire lui aussi, mais il veut la consoler. Il met sa main sur la chevelure crépue et blanchie d'Anne, et lui dit : "Il faut encore espérer. Dieu peut tout. Tant qu'on est vivant, le miracle peut survenir surtout quand on L'aime et l'on s'aime." Joachim appuie fortement sur ces derniers mots.

Mais Anne se tait, humiliée, et baisse la tête pour dissimuler deux larmes qui coulent et que voit, seul, le petit Alphée. Il est douloureusement surpris de voir pleurer sa grande amie, comme il lui arrive parfois à lui. Il lève sa petite main et essuie ces larmes.

"Ne pleure pas, Anne ! Nous sommes heureux tout de même. Moi, du moins, parce que je t'ai, toi !"

"Et moi aussi, je suis heureuse par toi. Mais je ne t'ai pas donné un enfant... Je pense avoir déplu au Seigneur, puisque il a rendu mon sein infécond."

"O mon épouse ! En quoi veux-tu Lui avoir déplu, toi, toute sainte ? Allons encore une fois au Temple. Pour cela. Pas seulement pour la fête des Tabernacles. Faisons une longue prière... Peut-être t'arrivera-t-il la même chose qu'à Sara ... à Anne d'Elkana. Elles ont longtemps attendu et se croyaient réprouvées à cause de leur stérilité. Au contraire dans le Ciel de Dieu se préparait pour elles un fils saint. Souris, mon épouse. Ton chagrin m'est plus douloureux que de n'avoir pas de postérité... Nous porterons Alphée avec nous. Nous le ferons prier, lui qui est innocent... et Dieu prendra sa prière et la nôtre, et nous exaucera."

"Oui, faisons un vœu au Seigneur; il sera à Lui, notre enfant. Pourvu qu'Il nous le donne... Oh ! m'entendre appeler "maman" !"

Et Alphée, spectateur étonné et innocent : "Moi, je t'appelle ainsi."

"Oui, ma joie, mon chéri... mais tu as une maman, toi, et moi, je n'ai pas d'enfant..."

La vision cesse.

tennet eus gweledigezhioù Maria Valtorta

Santez Anna

Voir les commentaires

похвала́

par Andrev

publié dans Feiz , Rusia , Россия

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>