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Jean V et la langue bretonne

par Andrev

publié dans Brezhoneg , Bretagne , Breizh , sevenadur

 

"D'ar 7 a viz here 1420, nebeud goude ma oa bet diframmet, gant e zujidi, eus a-dre daouarn Marc'harid Sklison, e tisklerias (an Dug Yann V) e felle dezhañ kaout e vez e-harz hini sant Erwan hag e c'hourc'hemennas kanañ un oferenn evitañ, bemdez, e iliz-veur Landreger ha lavaret evitañ pedennoù e brezhoneg raktal goude an oferenn-se (2).

Ar pezh a ouzer c'hoazh eo kement-mañ: er bloaz 1429, Yann ar Brug, eskob Landreger, a roe da anaout d'ar Pab ne ouie ket a vrezhoneg, hini eus a eskibien Landreger, pell a oa, ha meur a hini zoken ne oant ket genidik eus a Vreizh ha setu perak ne joment ket er vro, hag an eskopti, daou ugent vloaz a oa, a oa renet gant Yann Nandillac, vikel vras.
Er bloaz 1431, kannaded Yann V a gasas da Eujen IV, nevez anvet pap warlerc'h Marzhin V, klemmoù pennadurezhioù eskopti Landreger a-eneb ar veleien ne ouient ket a vrezhoneg hag a veze anvet da bersoned e parrezioù Breizh-Izel (3).
Sklaer eo eta, Yann V, ma ne ouie ket vrezhoneg (4), a ouie da vihanañ hen harpañ e Breizh koulz hag e Rom. Un dra bennak eo met n'eo ket a-walc'h: ret e vije bet dezhañ ouzhpenn ober anezhañ yezh e lez, yezh e skolioù, yezh c'houarnamant, yezh Breizh-Uhel koulz ha yezh Breizh-Izel rak, n'eus ket a ziv bobl e Breizh: en hent-se en divije saveteet daou dra: ene Breizh hag e dron; o vezañ ma n'en deus ket gouezet diazezañ e dron war roc'h kalet ar yezh, e dron a zo bet skubet dek vloaz ha pevar ugent hepken goude e varo."
 
Yann-Vari Perrot, Feiz ha Breiz Gouere-Eost 1942 -
bet laket ganin er skritur a-vremañ
 
 
On voit dans cet extrait de "Feiz ha Breizh" de Juillet 1942, que le Duc Jean V avait souci de la  langue bretonne, au XVe siècle, ainsi que certains membres du clergé et de la noblesse, tandis que les évêques et d'autres éminences du siècle ne l'encourageaient pas. L'auteur de cet article, Yann-Vari Perrot, prêtre du Léon, fait remarquer aussi que nos souverains auraient dû avoir un politique linguistique cohérente et voit dans ce  manque une des causes de la chute de la Bretagne et de son trône. Ce déclin a sans doute commencé au lendemain des dévastations vikings, quelques 500 ans avant le règne de Jean V.
Notons aussi l'association langue / âme du pays évoquée par l'auteur: on est loin de la vision utilitariste ou optionnelle de la langue, qui prédomine en ce début de XXIe siècle.
 
Voici la traduction de l'article.
 
"Le 7 Octobre 1420, peu de temps après qu'il soit arraché par ses sujets aux griffes de Marguerite de Clisson, (le Duc Jean V) voulut avoir son tombeau au pied de celui de saint Yves, ordonna qu'une Messe soit chantée pour lui chaque jour dans la cathédrale de Tréguier et que des prières en breton soit dites pour lui à l'issue de cette Messe (2). On sait qu'alors, en ce temps, la majorité des inscriptions religieuses dans les chapelles et églises, se faisaient en français (ndt)
"Ce que l'on sait aussi, c'est qu'en l'année 1429, Jean de Bruc, évêque de Tréguier, fit savoir au Pape que les évêques de Tréguier, depuis longtemps, ne connaissaient pas le breton, que nombre d'entre eux n'étaient même pas natifs de Bretagne, que c'était la raison pour laquelle ils ne restaient pas au pays et que, depuis 40 ans, c'était le vicaire général, Jean Nandillac, qui gouvernait le diocèse.
"En 1431, des émissaires de Jean V adressèrent au Pape Eugène IV, nouvellement élu à la suite de Martin V, les remontrances du clergé de l'évêché de Tréguier contre les prêtres qui ne connaissaient pas le breton et que l'on nommait dans les paroisses bretonnantes (3).
"Il est donc clair que Jean V, s'il ne connaissait pas le breton (4), savait aussi le promulguer, en Bretagne comme à Rome. C'est déjà une chose, mais ce n'était pas suffisant: il aurait dû en faire la langue de la cour (comme ce fut jadis, ndt), la langue des écoles, la langue du gouvernement, la langue de la Haute-Bretagne autant que celle de la Bretagne bretonnante, car il n'y a pas deux peuples en Bretagne. En prenant cette direction, il aurait sauvé deux choses: l'âme de la Bretagne et son trône; mais comme il ne sut pas l'asseoir sur le roc dur de la langue, le trône fut balayé seulement 90 ans après sa mort."
C'était, en tout cas, l'aboutissement d'un long processus multiséculaire, une dépossession de l'identité, la fin logique de la perte d'âme.
 
(2) "Premièrement, il fonda une messe quotidienne à notte devant la Tombe de saint Yves.
Deuxièmement, tous les jours, à la fin des Matines, sera sonnée la plus grosse cloche de la dite Eglise pour avertir le peuple de l'heure que la dite Messe commencera.
Troisièmement, fera le Prêtre, qui célèbrera la dite Messe,  prier pour Son Altesse et ce au langage du pays".
cf Albert Le Grand - édition 1901, p. 179
(3) Sellit ouzh / lire: Les Papes et les ducs de Bretagne par B.A. Pocquet du Haut-Jussé, p. 515
(4) An dug Hoel a Gernev, hag a rene etre 1066 ha 1084, a seblant bezañ bet, war a lavar Abeozen, hon diwezañ dug brezhoneger / Le duc Hoël de Cornouaille, qui régna entre 1066 et 1084, semble avoir été, selon Abeozen, le dernier duc bretonnant (Sterenn niv.7, p. 13)
 
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Christian Bretagne 21/08/2017 22:25

Ce que les Bretons doivent aux Normands : Les prémices de sa culture !

- Walter: "Walder" (francisé en Gautier), né au XIIème siècle au Cotentin, décédé en Angleterre, devient archidiacre d'Oxford, auteur du Liber vestutissimus traduit d'un original composé & rédigé en breton littéraire par lui-même. Emporté en Angleterre, & contant l'histoire de la Bretagne insulaire depuis son 1er roi, Brutus, jusqu'à Cadvaladrus, fils de Cadvallonis ; Premier ouvrage d'histoire britannique, & source de la légende arthurienne (Geoffroi de Monmouth s'en servit pour rédiger son Historia Regnum Britanniae en 1135/1138, traduit Brut y Breninhed en kymris, puis Geste de Brut en anglo-normand, par Wace).

- Hróbjartr II Kostughosa: "Robert II Courte-Heuses", 1054 (Normandie), 1134 (Cardiff), Comte du Maine 1063/69 puis Duc de Normandie 1087/1106, est l'auteur de L'Afallenau: "les Pommiers et/ou chant d'Avallon" en kymris (gallois) attribué au barde Merdhin, son pseudo...