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Valeurs ?

par Andrev

publié dans Evit bevañ gant levenez , Valeurs , Vérité , Gwirionez

Affirmer qu’il n’y a pas de vérité, que chacun a sa vérité, ce n’est pas le début d’une nouvelle forme de pensée, c’est la fin de toute pensée.

Valeurs ?

« Nous ne sommes pas là pour défendre nos convictions mais pour servir le bien de la société (…) Arrêtons-nous un instant sur ce tout petit mot qui concentre à lui-seul, je crois, l’essentiel du piège; ce tout petit mot de « valeurs » que nous chérissons et qui pourtant est en réalité un drame intellectuel. Il est bon d’avoir des valeurs, croyons-nous, et de défendre et de promouvoir ses valeurs. En réalité, je crois profondément que le mot de valeur est le terme le plus relativiste qui soit. Les valeurs sont relatives, contrairement à la vérité. (…). Affirmer qu’il n’y a pas de vérité, que chacun a sa vérité, ce n’est pas le début d’une nouvelle forme de pensée, c’est la fin de toute pensée. Car s’il n’y a pas de vérité, à quoi bon tenter de penser le monde, d’ajuster notre esprit à la réalité qui est présente devant nous, à quoi bon d’ailleurs en parler ensemble ?… Affirmer que chacun a ses valeurs propres, est là tout à fait normal et naturel. Si je devais vous montrer une photo de la maison où j’ai tous mes souvenirs d’enfance, cette photo aurait probablement beaucoup de valeur pour moi, et elle n’en aurait certainement aucune pour vous. Que les valeurs soient personnelles, relatives à des groupes humains, à des individualités, qu’elles dépendent de notre histoire, de notre mémoire, de notre sensibilité, c’est là tout à fait normal et naturel. Mais le christianisme ne fait pas partie de nos valeurs. Et nous n’adhérons pas à la foi chrétienne parce que cela rentre dans nos valeurs. Nous n’adhérons d’ailleurs pas à la foi chrétienne pour les valeurs qu’elle défend. Nous ne défendons pas le christianisme dans le monde parce que nous voulons défendre ses valeurs. Ce serait une absurdité, ce serait précisément considérer que le christianisme est une affaire de valeurs, c’est-à-dire une affaire relative. D’une certaine façon, le lexique de la défense des valeurs marque l’abdication de notre propre intelligence devant le relativisme contemporain. Comme si nous aussi nous rentrions dans cette logique relativiste, comme si nous nous considérions comme une famille de pensée parmi d’autres, comme un lobby parmi d’autres, comme une famille spirituelle parmi d’autres. »

François-Xavier Bellamy in Permanences

N°526-527 , novembre 2014

« L’appel aux « valeurs » est assez récent. Naguère nous parlions du bien, de la vérité, des traditions, de la morale. Maintenant nous affirmons nos valeurs. Ce qui suppose qu’elles n’en ont aucune en elles-mêmes. Si ce sont nos valeurs, alors ce ne sont pas celles des autres. L’un défendra les valeurs de la République, l’autre, celles de la monarchie, un troisième, celles du supermarché… Et ce troisième sera le plus lucide. Les « valeurs françaises » renvoient à la Bourse et à un système de cotation. On a beau parler de « valeurs traditionnelles », on est déjà dans le négoce. La notion de valeur est donc par définition relativiste. Mais elle est plus encore nihiliste. Elle est même à l’origine de la destruction de toute vraie générosité. (…) Quand un père veut valoriser son enfant, en le poussant vers de hautes études de commerce par exemple, il l’évalue à partir d’une échelle de valeurs qui vient de l’extérieur, et donc il le formate: que son fils déroge à ses plans, et il va le dévaluer aussi sec. Les plus aberrants de tous, cependant, ce sont ceux qui prétendent « défendre les valeurs chrétiennes », alors que le Christ est venu révéler que les visages sont infiniment plus importants que les valeurs. Si l’on en croit l’Evangile, il s’agit avant tout de défendre les personnes, spécialement les plus pauvres, de préserver chaque visage dans une singularité qui tend vers l’éternel. C’est pour cela que l’on peut lutter contre la burqa aussi bien que contre le maquillage, contre la grise mine aussi bien que contre le joli masque. Non pas au nom des valeurs républicaines, mais au nom des visages, pour qu’ils ne soient pas défigurés.»

Fabrice Hadjadj, Fig mag, 16 Aout 2014

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