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An Alarc'h

par Andrev

publié dans Breizh , Bretagne

Jean de Montfort ruina pour plus d'un siècle les prétentions de la couronne de France sur le duché de Bretagne

An Alarc'h

En 1341, Jean III de Bretagne meurt sans postérité. Deux prétendants se disputeront la Bretagne: son demi-frère Jean de Montfort, seigneur de Guérande, et sa nièce Jeanne de Penthièvre, mariée au français Charles de Blois. La querelle intéresse l'Angleterre et la France en conflit, et chacun intervient sur le sol de Bretagne. Jean de Montfort prête hommage à Edward III, roi d'Angleterre et meurt d'une blessure au siège de Quimper. Son fils Jean, sous tutelle anglaise, finit par reprendre en mains les destinées du Duché et bat Charles de Blois à la bataille d'Auray, le 29 Septembre 1364. Jeanne de Penthièvre et ses partisans se rallient ainsi à Jean IV.

Mais Jean ne réussit pas à asseoir son autorité dans un pays encore divisé, tandis qu'il louvoie entre la France et l'Angleterre, ne sachant trouver un solution mais finissant par une allégeance secrête à Edward III d'Angleterre, chose que la France ne tarde pas à savoir et lui donne prétexte de voter en son parlement de Paris la réunion de la Bretagne à la couronne, tandis que Jean s'est exilé en Angleterre. Charles V a très mal joué pourtant, car il ne s'attend pas à une réaction énorme des Bretons. Jeanne de Penthièvre elle-même s'insurge contre la France et assure le Duc de son soutien. Voici ce que narre à ce sujet, la Chronique d'Auray, non sans humour et écrite par un moine de la Chartreuse, au couvent qui fut élevé par Jean IV à l'emplacement de la bataille d'Auray:

"Le roi de France Charles V crut ne devoir plus ménager ce prince infortuné (le Duc Jean IV) et qu'il était temps de le pousser à bout pour envahir la Bretagne. Sage comme il l'était, il parut s'oublier à cette occasion dans l'arrêt qu'il fulmina le 18 Décembre 1378 dans sa cour des pairs déclarant Jean de Montfort déchu du Duché pairie de Bretagne pour crime de félonie et de lése-majesté; et le dit duché réuni par cette défection criminelle au domaine de la couronne de France. Cet arrêt foudroyant fut comme un premier coup de tocsin qui réveilla les seigneurs bretons de leur égarement létargique, et leur fit sentir le joug, qu'on avait préparé adroitement de loin et sous lequel ils allaient succomber par leur propre indiscrétion; aussi près qu'au moment on les vit tous se réunir de concert contre cette puissance étrangère et inconnue à leurs pères prête à les subjuguer; ils firent conjurer le Duc réfugié à la cour d'Angleterre de venir les délivrer du joug que le roi de France voulait leur imposer, à son propre préjudice et à la ruine de la maison ducale; et comme le duc s'empressa de se rendre en Bretagne à leur sollicitation, ils allèrent au devant de lui jusqu'à Saint-Malo, s'avançant même à travers les vagues de la mer et s'y prosternant, comme par repentir de leur rébellion, et en vénération de ce prince qui aborda le 3 Août 1379 au havre de Solidor accompagné de Robert de Knole, avec deux cent archers et cent homme d'armes."

C'est là l'une des plus belles pages de l'histoire de Bretagne. Tout le peuple était accouru dans les dunes de Dinard pour accueillir leur prince, leur Cygne, tel que le chantaient autrefois nos ancêtres: An Alarc'h

Erru ul lestr e pleg ar mor
E ouelioù gwenn gantañ digor

Degoue'et an Aotrou Yann en-dro
Digoue'et eo da ziwall e vro

D'hon diwall di
ouzh ar C'hallaoued
A vac'hom war ar Vretoned

Jean, une fois rendu à Dinan le 9 août 1379, les « Etats de Bretagne se réunissent dans la salle capitulaire des Jacobins pour entendre le nouveau duc Jean IV dire tout le bien qu’il pense des forces occu­pantes" (1):

"L’avidité des Français est prodigieuse. Ils ne peuvent se rassasier d’or et d’argent, ils se jettent sur notre Bretagne pour nous voler nos rentes et nos biens… Et encore cela ne les satisfait pas : ils veulent maintenant nous mettre en perpétuel esclavage. »

A Dinard, une plaque commérative du débarquement du Duc Jean se trouve face à la grève où débarqua le prince. Jean y est représenté comme un nouveau roi Arthur.

(1) « L’Histoire en Héritage – Dinan » Peter Meazey – Yvon Blanchot (2002 - Editions Communicom

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