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De Excidio et Conquestu Britanniae

par Andrev

publié dans Breizh , Bretagne , De Excidio et Conquestu Britanniae

De Excidio et Conquestu Britanniae

De Excidio et Conquestu Britanniae! Diskar hag aloubadur Breizh! Ruine et conquête de la Bretagne!

De Excidio et Conquestu Britanniae... c'est le titre d'un des plus anciens livres de notre pays, écrit par saint Gildas-le-Sage au VIe siècle. Un titre qui résume les malheurs de notre pays, et leur processus: il se ruine lui-même par ses enfants qui s'entre-déchirent, et se laisse ainsi envahir par l'étranger. Tel était le cas du temps de Gildas, tel fut aussi le cas pour les invasions Vikings qui se firent à l'ombre des dissensions entre les princes. Gildas avait vu comment ses compatriotes s'étaient laissés subjuguer et à cela, il n'opposait que les Saintes Ecritures et la Parole de Dieu, celui que nous avons reconnu à la crêche et qui, depuis, nous a assuré la victoire, offert le vrai remède.

Certains nous proposent aujourd'hui une victoire militaire comme fête nationale, à l'image des Français avec leur sanglant 14 Juillet: celle remportée par Alan-al-Louarn sur les Vikings en 939. Mais si on y regarde de plus près, on s'aperçoit que les Bretons ne cessèrent depuis de se ruiner et d'être ruinés.

La Bretagne, tout au terme de sa longue émigration depuis l'ile vers l'Armorique, commença à asseoir son autorité face à l'empire franc, grâce aux rois Nominoë, Erispoë et Salomon. Mais il vint un autre péril, celui des Germains du Nord. Alan-Veur (Alain-le-Grand) saura s'en défaire, mais après lui (+907) et Gourmaëlon (+913), la Bretagne connaît un regain d'attaques de la part des Vikings... Alan-al-Louarn libérera alors la Bretagne par ses victoires militaires, mais devra en contrepartie renoncer au Cotentin, à l’Avranchin et au territoire situé à l’ouest de la Mayenne, tandis qu'il acquiert les pagi de Mauges, Tiffauges et Herbauges. Puis la Bretagne sera de nouveau envahie, suite au conflit fratricide d'Alan avec Juhel Bérenger.

Mais l'âme, l'identité, la culture, la langue... commenceront pourtant à décliner.

Les monastères furent la première cible des agressions vikings: Dol, Saint-Malo, Gaël, Paimpont, Redon, Quimper, Landévennec... sont pillés et brûlés, tandis que princes et abbés fuient en France, Angleterre, Berry... Ils ne reviendront pas avec la langue de leurs pères, en tout cas c'est le français qu'ils choisiront dans les mondes juridique et politique. Plus grave peut-être: il apparaît très clairement dans les actes de donation de l'époque qu'ils feront massivement appel à un clergé romano-franc, tandis que les grands tierns multiplient les alliances avec les Francs. Ces princes ont sans doute encouragé grandement la débretonisation de toute une moitié orientale du pays, déjà fortement romanisée, tandis que l'autre moitié occidentale était exposée à une mort plus lente... C'est à cette époque que par exemple à Saint-Malo, les noms des évêques se latino-francisent: nous avons un nommé "Salvator" en 944 (successeur de Ratvili, au nom bien brittonique, celui-là) tandis qu'un peu plus tard un Judicael troque son nom pour un plus correct "Benoît": il est déjà de mode d'être romain, c'est-à-dire, Franc (la romanité, en Bretagne, était tout autre chose dans le temps passé). Et son successeur, Donoald, abandonne l'obédience de Dol pour reconnaître la suprématie de l'archevêché franc de Tours.

La Bretagne fut-elle alors vraiment libérée? Du joug viking, certes, grâce au Duc Alan qui porta un retrait décisif sur l'ennemi physique. Mais ce fut une grande défaite culturelle: la nouvelle ouverture très marquée au monde romano-franc tant dans les communautés religieuses qu'à la cour des princes fut, à coup sûr, la porte ouverte à une invasion autrement plus pernicieuse que celle des Vikings.

Une partie de l'intelligentia bretonne actuelle veut donc faire de la grande victoire de l'époque la grande fête nationale de la Bretagne (victoire de Trans, près de Dol, remportée en 939 par Alain Barbetorte, Juhel Bérenger, comte de Rennes, et Hugues Ier, comte du Maine). Selon Pierre Le Baud, les Bretons auraient célébré le jour de cette bataille : « Au jour des Kalendes du mois d'août, jour que les Bretons décrétèrent être solennisé par la gent de Bretagne, par toutes les générations, parce que de là et après, commença derechef la Bretagne à être habitée par ses natifs et Bretons user des lois de leurs ayeux. » Mais Pierre de Baud se trompe: la Bretagne commença dès lors à être habitée par un autre peuple, dont les élites, comme le cheval de Troie, purent mener désormais plus aisément à bien leur combat séculaire contre la Brittia.

Fausse grande victoire des Bretons, vrai et discret avènement de l'autorité franque. N'est-il pas symbolique que le dernier souverain du duché "indépendant" s'appellât François? Ce fut sa fille, Anne, qui endossa la honte d'une union ne faisant qu'entériner quelques cinq cents ans d'occupation, non par la force, mais par la persuasion.

Anne portait le nom de la sainte patronne de son pays, pays qu'elle aima sûrement plus que son père, car elle en aimait les saints et la partie restée celtique, qu'elle n'eut pas peur de parcourir durant plusieurs mois comme un pèlerinage et un retour au sources. Etrangement, mais à cause aussi du roi de France rendu fou de rage par le succès de ce Tro-Breizh - comme une chose en dehors de son contrôle - elle dut en abréger le cours et ainsi ne pas boucler la boucle à Saint-Malo, puis Dol. Anne avait réparé les erreurs de son père, et elle avait expié le mal accompli depuis quelque cinq cents ans d'éloignement de la Bretagne de sa propre identité. Pourtant, les choses sont allées depuis en s'empirant, mais dans la foi d'une Reine, nous avons reçu les promesses d'un renouvellement, qui ne sera pas un succès militaire - bien qu'il en faille aussi - mais une guérison des coeurs, une force morale et spirituelle, un renouvellement des intelligences.

Franciszek III Bretoński
Franciszek III Bretoński

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