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Sant Mac'hloù hag e vro (2)

par G.G.M.

publié dans Sant-Mac'hlow , Saint Malo et son pays , sant Mac’hloù hag e vro * Saint Malo et son pays Ou la Bretagne endormie

Diagon Bili, buhezhoniour st Maloù, IXet kantved :

 

« Evidomp-ni, annezidi eskopti Aled, ha diouzh kement ma c’hellomp, e tleomp rentañ grasoù dibaouez d’an Hini a zasparz kement-se a vadoberoù, eñv hag en deus sklêrijennet hon douaroù kornogel gant korfoù ar sent e-leizh evel kement a skedusat steredennoù, hag e kredomp emañ eneoù ar sent-se o lugerniñ kenkoulz all en Neñvoù. Hon hanterourion ez int, hep mar ebet, dirak an Aotroù, ken ma reomp eñvor anezho. »

Evêché de Saint-Malo

Evêché de Saint-Malo

Petie vie de saint Malo

 

 

On connaît à ce jour cinq vies de Saint Malo. La présente que nous avons rédigée  s’inspire largement de celle de Bili, diacre au diocèse d’Aleth au IXe siècle et devenu évêque au même diocèse. Le manuscrit de Bili s’est inspiré lui-même d’un texte anonyme qui suivit les reliques de saint Malo en Flandres, pendant les invasions normandes, et qui fut édité par Joseph Lot.

 

Nous devons au travail extraordinaire de Gwenael Le Duc, du Dublin Institute for Advanced Studies et du Ce.R.A.A. (Centre Régional Archéologique d’Alet), la traduction en français de la vie de saint Malo par Bili, d’après deux textes latins retranscrits  au XVe siècle en Angleterre. Cette traduction s’est nourrie de la comparaison avec un texte en vieil-anglais, plus ancien que les versions latines, et qui correspond presque littéralement à ces dernières ; le texte en vieil-anglais et l’un des deux en latin se trouvent au British Museum (le deuxième en latin est à Oxford).                      

                                              

 Naissance sur l'ile de Bretagne

 

Malo passa toute son enfance en Bretagne insulaire, au VIe siècle, à Kêrgwent (Venta Silurum) dans le Gwent (Sud du Pays de Galles, actuelle Chepstow), au fond de l'estuaire de la Severn, puis au monastère de Lancarvan. Il était cousin de Samson, le futur saint moine-évêque de Dol, car sa mère, sainte Derwell, était la sœur de Hamon, père de Samson. Il était parent de saint Magloire également, successeur de Samson au siège de Dol, et de saint Gurval que Malo appellera pour le remplacer au diocèse d'Alet (actuelle Saint-Servan)

Quand sainte Derwell fut enceinte de Malo, elle était avancée en âge : elle avait soixante-six ans. La nuit de Pâques, avec d’autres femmes, elle vint veiller au monastère de Llancarvan, dans l’estuaire de la Severn. C’est alors qu’elle mit au monde Malo.

Le monastère de Lancarvan avait été fondé par saint Kadog. De fondations monastiques bretonnes essaimaient alors sur l'ile, mais aussi en Armorique et jusque dans les Flandres. C'est là que se concentrait le savoir du monde ancien, la sagesse chrétienne, mais aussi celle de l'antiquité grecque. L'érémitisme du Proche Orient avait fortement influé sur les Bretons qui l'exportèrent sur leur ile.

C'est sur cette ile de Bretagne que naquit saint Malo, ile que certaines traditions disent très tôt fréquentée par le peuple juif et les premiers chrétiens, tels saint Pierre, Joseph d'Arimathie et Nicodème, et des familles entières qui s'exilèrent dans les iles celtiques. Le premier roi chrétien de Bretagne aurait été Lawer Meur, au premier siècle. Une grande majorité des paroisses primitives du pays sont dédiées à saint Pierre.

 

 

Circonstances

 

Saint Malo, selon Albert le Grand, est né en 541, sous le pape Vigilus, alors que régnait l’empereur Justinien I sur l’empire, tandis que Hoel II était sur le siège de la Domnonea, première principauté bretonne sur le continent. Le père de Malo était prince de Gwic-Kastell et du Gwent, dans la «Brittan­nia quadran­gula » nous précise Bili, non loin de Cardiff et près des mo­nas­tè­res de Lancarvan et Lanildut. A cette époque, la Bretagne est en grand mouvement : une forte émigra­tion voit de nombreuses familles et monas­tères quitter l’ile pour l’Armorique. Le siège de l'Empire romain est à Byzance et les invasions germaniques boule­versent le monde « antique », dont les bords atlantiques étaient depuis près d'un siècle confiés par Rome aux Bretons. Ceux-ci d'ailleurs se considèraient comme les derniers Romains, derniers gardiens de l'ordre et de l'unité de l'Empire[1].

Dans ce chaos, les Bretons doivent se tailler la part du lion, à grand prix d’efforts, de défaites et de victoires militaires, et partagés entre l'ancien paganisme et la nouvelle logique chrétienne qui imprègne dorénavant les pays celtiques et leur culture. Mais c'est le grand essor de la foi chrétienne qui devient, peu à peu et en profondeur, la trame de l’organisation sociale et politique des Bretons d’Armorique comme de ceux restés sur l'ile originelle, dont certaines principautés tenteront de se maintenir face aux Anglais ou aux Frisons (Pays de Galles, Domnonée[2]…). Nous voyons là un pays à deux poumons séparés par la mer, qui perdurera jusqu'aux invasions normandes au IXe siècle. Les monastères, en particulier, sont comme des capitales autour desquelles se regroupent princes et communautés : bâtis souvent sur les ruines d’anciens castels romains, ils deviennent la nouvelle référence culturelle de l’Occident, en même temps qu’ils sont les conservatoires de l’ancien monde : celui des iles Celtiques (Bretagne et Irlande) d’une part, celui du monde gréco-romain d’autre part. Le monachisme britto-irlandais est issu également, pour une grande part, de l’érémitisme du Moyen-Orient et de ceux que l’on appelle Tadoù ar Gouelec’h (les Pères du Désert). Les Bretons ne sont pas rares à Jérusalem.

Le monastère de Llancarvan, ou Nantcarvan (la vallée de Carvan), où naquit saint Malo, est situé au Sud de cette contrée de Bretagne qui devra plus tard s’appeler Cymry (en breton Kembre; français Pays de Galles), plus précisément dans la province de Clamorgan. C’est dans cette péninsule préservée de la guerre que se concentrait le monachisme de l’ile et que passaient de nombreux moines irlandais avant de gagner le continent1. C’était également le point de départ des Bretons, via la Domnonée, qui allaient établir, leurs colonies en Armorique et au-delà.

 

 

Les promesses du petit Malo

 

Saint Brendan, le père-abbé du monastère de Llancarvan, était d’origine irlandaise. Il baptisa l’enfant Malo qui lui fut très tôt confié. L’élève était doué et plein de promesses : il émerveillait son père-abbé surtout par ses progrès dans la Foi. Malo se réchauffait tellement au feu de la sagesse Divine qu’il émanait de lui comme une chaleur physique et qu'au cœur de l’hiver perlaient à son front des gouttes étincellantes, alors que ses compagnons essayaient tant bien que mal de se réchauffer à l’âtre. Malo se passionna de plus en plus pour les Saintes Ecritures, qu’il étudiait assidûment et il en recevait de grandes lumières, guidé par ses frères moines et par sa prière.

A l’aube d’un matin qu’il lui était confié la charge d’éclairer la chapelle et d’autres parties du monastère pour les premières prières, il ne trouvait pas de braise que des compagnons jaloux avaient subtilisée, et comme il en prit son parti en s’approchant de la cellule de l’abbé Brendan avec ses charbons éteints, ceux-ci commencèrent de s’allumer tout seuls, ainsi que la lampe du père abbé, avant même que le moinet n’en eût franchi le seuil. Cela étonna fort Brendan, qui derechef, quand il le vit rentrer dans sa cellule, « embrassa tendrement saint Malo »[3]. Le cœur de Brendan fut confirmé dans ses espérances pour son élève, qui apparaissait de plus en plus clairement à ses yeux comme le Cierge Pascal que l’on avait allumé la nuit de sa naissance : après le long temps des prières et jeûnes du Carême, c’était un nouveau feu qui, dans la pénombre du monastère, apparaissait humblement, puis s’intensifiait rapi­dement pour capter l’attention d’un monde bien obscur; c’était l’assurance que l’Amour a fait son œuvre définitive en ce monde, celle-là même dont fut rempli le soldat Longin quand, après le coup de lance, sortirent l’eau et le sang du coeur du Seigneur Jésus. Oh ! quel bonheur ! une nouvelle et splendide lumière avait été donnée par Dieu à la Bretagne meurtrie et renaissante, pardonnée et debout à nouveau. A Locmalo, près de Guéméné, la grande fête annuelle de saint Malo était fixée au dimanche le plus proche de la fête de l’Ascension, qui marque l’avènement du temps Pascal et la joie qui accompagne l’assurance d’être citoyen des Cieux, au-delà de notre condition terrestre et humaine et son lot d'infidélités à Dieu, de souffrances et d'obscurantisme communs à tous les hommes et à toutes les époques. Et la Bretagne, si elle avait à souffrir à l'époque de ses propres crimes, eut aussi le courage et la volonté de s'en repentir et de s'ouvrir à la Vérité.

Quand fut arrivé l'âge, saint Brendan voulut que Malo devînt prêtre. « Au moment précis où l’évêque leva la main au-dessus de la tête de saint Malo, une colombe blanche apparut aux prêtres qui l’avaient accompagné, au-dessus de son épaule droite, et elle y resta jusqu’à la fin de l’office. Et une fois la cérémonie terminée, elle s’évanouit sous forme de flammes de feu, sous les yeux des témoins, en jetant une grande clarté. Dès lors, tous mirent saint Malo au nombre des apôtres, en disant : « L’Esprit Saint est descendu sur les apôtres sous forme de feu, plusieurs en sont témoins, et sur celui-ci, la colombe en est la preuve , l’Esprit Saint est apparu à nos yeux sous forme d’une colombe ».

 

 

Les expéditions de papa Brendan

 

« Pendant sept pâques », Malo suivit saint Brendan sur les mers, à la recherche de l’ile Imma: le Paradis perdu? Il est assez avéré aujourd'hui que les Bretons comme les Basques étaient, déjà à l’époque, rompus aux courses du globe et que les plus lointaines contrées ne leur étaient pas inconnues. Jusqu’où allèrent nos deux compères sur leurs bateaux de cuir ? Selon l’hagiographe Malo-Joseph de Garaby, ils finirent par les iles Orcades, tout au nord de l’actuelle Ecosse. Et Bili nous raconte comment ils abordèrent une ile où Malo sortit le géant Milldu de son tombeau, que celui-ci leur apprit qu’en sa vie ter­restre il avait adoré de faux dieux et qu’à sa mort, son âme « avait été à la peine ». Milldu demanda le pardon de ses pêchés et reçut le saint baptême.

Sur une autre ile, Malo alla quêter de l’eau car nos compagnons mourraient de soif. Ils abordèrent de nuit mais Malo put se diriger sur un sentier lumineux, vers une fontaine à l’eau très claire et où scintillaient des pierres comme des étoiles. Malo « leva la main, bénit la fontaine au nom de la Sainte Trinité », et s’en retourna vers le rivage. En chemin, il se prit le pied dans une racine qui affleurait au sol : alors il l’arracha et la glissa sous sa ceinture. Quand il furent rentrés au monastère de Llancarvan, Malo planta la racine qui devint un arbre splendide.

Mais l’ile Imma, il ne la trouvèrent point, bien qu’ils fussent sur le point de l’aborder alors qu’une tempête sévissait. Dieu les voulait pour une autre ile, qu’ils connaissaient : c’était celle de leurs pères, la Bretagne, qui, livrée aux guerres fratricides et aux invasions, avait besoin d’eux, elle qui subsistait encore sur son ile, mais qui, de plus en plus, trouvait de nouvelles terres sur la presqu’ile d’Armorique.

 

 

Le débarquement

 

Malo aurait été d’abord élu « évêque régionnaire » de Castell-Gwent, la capitale de la principauté tenue par son père, sur l’ile de Bretagne. Ça ne dura pas longtemps, et ce fut un nouveau départ, pour aborder des terres connues depuis longtemps des aïeux qui les cotoyaient pour le commerce et la politique : l’Armorique, celle en particulier du Nord-Est, qu’occupait la nation des Coriosolites et qui plongeait ses terres dans une mer à la couleur d’émeraude. Le port d’Alet en était la capitale, en face de l’actuelle Saint-Malo intramuros, et c’est là que le Breton et l’Irlandais débarquèrent en la vigile de Pâques. Malo avait « déjà plus de quarante ans » quand il aborda l’ile Cézembre, où existe encore la chapelle de saint Brendan ; c’est là que l’attendait un certain Laouenog, averti en songe de l’arrivée imminente de saint Malo : « A son réveil, l’esprit débordant de joie, il sortit à l’heure des matines, et attendit la lumière du jour. Il resta immobile jusqu’à la troisième heure en haut du promontoire, et vit au loin arriver le navire, et il l’attendit dans la joie ». Puis ils visitèrent l’ile de Harbour, entre Dinard et le phare du Grand-Jardin, qui, à l’époque, devait être beaucoup plus grande, et dont la partie submergée aujourd’hui se nomme « banc de Harbour » ; en effet, quelques décennies plus tard, en 709, eut lieu le grand raz-de-marée qui fit remonter le niveau des eaux sur tout le littoral domnonéen[4]. Et un peu plus loin, sur le « Rocher Aaron »,  en face de la cité l’Aleth , Malo fut accueilli par l’ermite saint Aaron, soit à l’emplacement de la future cité de Saint-Malo.

 

A l’époque existait déjà un peu plus à l’Est, au port de Dol-Carfantin, vers le Mont-Saint-Michel, le monastère du cousin de Malo, nommé Samson, monastère qui fut assurément l’une des capitales de la Domnonée, et plus tard le siège de l’archevêché de Bretagne. De nombreux autres monastères et plou (paroisses) se créaient ou s’étaient créées déjà en Armorique, autour des nombreux saints et seigneurs dont les noms apparaissent encore aujourd’hui sur les cartes géographiques : St-Brieuc, Locronan, Ploërmel, Lanvaudan, Lanildut… C’est pour dire que Malo n’arrivait pas dans un désert, d’autant plus que tous ces princes laïques ou religieux se connaissaient plus ou moins, souvent même étaient cousins ou frères ou même mariés, tels saint Fragan et sainte Gwenn qui donnèrent le jour à saint  Gwénolé. La nouvelle Bretagne naissait alors sous les auspices d’une grande famille unie, cimentée à la chaux de la Foi et qui lui conférait une identité éminente, alliée à la culture celtique.

 

 Saint Malo a été accueilli par Hoel III, soit Judael, qui régnait sur la Domnonée. La Domnonea avait été créée par des princes – dont Arthur - issus d’un royaume breton outre-mer portant le même nom, et qui avait repris les anciennes limites territoriales de la nation coriosolite en Armorique, pour s’adjoindre plus tard un territoire qui courait jusqu’à Brest, tandis que dans la partie sud-ouest de l’Armorique s’était constituée la Kernev (Cornouaille) avec d’autres contingents bretons (Kemper, Gourin, Rostrenen…).

Un évêché existait déjà à Alet, en face de l’ile d’Aaron, et c’est cet évêché que fut mandé saint Malo par les princes, le peuple et le dux Britannie lui-même, de reprendre et de diriger. Alet était la capitale maritime de l’ancienne nation armoricaine des Coriosolites, et avait déjà sa cathédrale, mais peut-être en très mauvais état, quand saint Malo aborda son rivage. Des fouilles ont trouvé de nombreux témoignages des relations d’Alet et des Coriosolites avec l’ile de Bretagne. Elle se situe juste en face de l’actuelle Saint-Malo, portant le nom de Saint-Servan, et en est séparée par un bras de mer divisé aujourd’hui en bassins portuaires. Il y subsiste, non loin de la tour Solidor, quelques substructures de la cathédrale bâtie vers le Xe siècle, à l’emplacement d’une église plus ancienne, qui date du temps de l’Armorique romaine.

 

 

Quelques traits de la vie de saint Malo sur le continent

 

L’hagiographe Bili conte de nombreuses choses de la vie de saint Malo survenues en Domnonée armoricaine. Par sa salutation au début de son hagiographie, il annonce d’emblée l’esprit des pérégrinations de saint Malo :

 

In Christi nomine, fratres qui in sancta Aletis ciuitatis matre aecclesia in unum congregati dulciter Domino militant, omnibus fratribus in totam parrochiam sancti Machutis degentibus et cunctis Dei aecclesie fidelibus salutem dicunt, pacem exoptant, bonam sanctamque uitam exorant atque perhennis beatitudinis premia habere implorant:

 

"Au nom du Christ, les frères qui, rassemblés au sein de leur sainte mère l’Eglise de la cité d’Alet, combattent pour Dieu dans la douceur, saluent tous leurs frères qui travaillent dans toute la paroisse de Saint-Malo ainsi que tous les autres fidèles de l’église de Dieu. Ils leur souhaitent la paix, et prient pour qu’ils aient une vie bonne et sainte."

 

Puis, Bili exprime l’importance essentielle du rayonnement des saints en général :

 

Que omnia recibus illorum Deum agere nullus recte sapiens, ut prefati sumus, ignórat. Hec etenim, ut beatus papa Gregorius ait, tanto amiora sunt quanto spiritualia, tanto maiora sunt quanto per hec non solum corpora sed etiam anime saluantur:

 

"Tout cela, que Dieu fait par leurs prières, il n’est personne de bon sens qui, comme nous l’avons dit, ne l’ignore. Car, comme le dit le saint pape Grégoire, ces choses sont d’autant plus grandes qu’elle sont spirituelles, d’autant plus grandes que non seulement les corps, mais aussi les âmes, sont sauvés."

 

Et plus loin dans son manuscrit, Bili explique encore d’avantage la nécessité de rapporter les faits et gestes des saints et de saint Malo :

 

Religiosorum uirorum gesta praedicabilia, succrescente uirtutis prouectu uenerandis operibus in cumulum sacrate benedictionis educta, miraculorum fidelium iam temporis testimonio declarata, si hon adfixa teneantur in paginis uiuacibus, meritis semper oculis adsistunt. Quoniam extrinsecus aduena teste non indiget, preter Deum scruantem corda et renes, ille teste non indiget, qui dominice glorie documentis excellet. Et tamen corroboratur grex deuotus de pastoris suffragio guotiens premissarum uirtutum relatio renouatur auditui:

 

"Ces exploits dignes de la postérité, accomplis par les saints sous le couvert de la bénédiciton divine, dans des œuvres dignes de louanges, aidés par les progrès de la vertu, montrés dans les miracles déjà accomplis par les serviteurs de Dieu selon le témoignage de leurs contemporains, même s’ils ne sont pas écrits sur des pages durables, sont toujours visibles à travers les vertus de ces saints… Et puisque l’homme au-dessus du commun n’a pas besoin de témoin extérieur, sinon le Dieu qui sonde les reins et les cœurs, celui qui brille dans les preuves de la gloire divine n’a pas besoin de témoin. Mais le troupeau des croyants est encouragé par l’aide du pasteur chaque fois que le récit de ces vertus est renouvelé par la lecture."

 

L’une des premières tâches apostoliques de saint Malo fut de déloger le dragon de l’ile Cézembre, dont le « sifflement s’entendait dans toute l’ile ». A la commande de Malo, il sortit de sa caverne, s’éloigna un peu du rivage, puis, se retournant, il inclina la tête vers la terre toute fumante, avant de disparaître au large. Malo entra alors dans la caverne où il fit jaillir une source avec son bâton. Malo resta trois mois sur l’ile, tout en instruisant ses habitants.

Puis ce fut l’arrivée à Alet que est super ripam fluminis Renc, et dont Bili nous apprend que cette cité était désertée depuis pas mal de temps. Saint Malo y installa monasteria et cellule, « tant dans cette cité que sur les îles ou les lieux voisins » (tam in ipsa civitate quam et per insulas uel per loca uiciniora). « Et il y répartit tous ses disciples qui avaient été élevés avec lui », au nombre de trentre-trois, ceux qui étaient nés en même temps que lui au monastère de Nantcarvan la nuit de Pâques.

Tunc circa sinum ciuitatis in receptaculis cauernarum cum contubernali suo, Riuan nomine, heremita esse cupiens, habitavit.Tunc sanctus Machu cum collega suo, tam feruóre fidei quam uexillo crủcis armatus, omnia loca circa se síta, in quibus sacerdotes seruire Deo esse uidebantur, perfectissime instruebat:

"Alors il vint habiter vers la limite de la cité dans les anfractuosités des cavernes avec son compagnon nommé Riuan, pour y vivre en ermite. Alors saint Malo, avec son compagnon armé tant de la ferveur de la foi que de l’étendard de la Croix, installait parfaitement tous ces lieux avoisinants, et où l’on voyait des prêtres occupés à servir Dieu."

 

Et voici comment il vivait :

Qui preter panem et aquam oleráque sale condíta, nulla sumebat cibaria (…) Lectulum numquam habuit, lectaria nesciuit, in pluma caput non reclinavit, nisi ueste tantummodo qua in die usus est, ea per noctem contentus est. Pro molli lana hirsuto cilicio se induens, ut inter horas soporis et per quietem temporis non esset requies corporis, et mutato ordine, adhuc post peractum diem nox succederet in laborem ita ut alii serui Dei inspicientes eum acriter, uelut inpatientem equum excurrentem, ponentes inposita frenis pondera ad inmoderata, se reuocauerunt ieiunia, ut per hec quantum dignitas eius creuerat, tantum uirtutibus honorabatur, cuius diuersis indiciis claruit fides per opera et sacrata uita per signa:

« Saint Malo n’absorbait aucune nourriture, à l’exception de pain, d’eau, et de légumes assaisonnés de sel (…) Il n’eut jamais de lit, ignora la literie, ne posa jamais sa tête dans la plume, et ne prit jamais pour la nuit de vêtement qu’il n’ait déjà utilisé pendant la journée. Au lieu de laine moelleuse, il s’était vêtu d’un cilice de laine rêche, afin que le corps ne puisse se reposer entre les heures de sommeil et pendant le temps de repos, et, contrairement à l’usage, jusqu’après la fin du jour, la nuit prolongeait le labeur de la journée, au point que les autres serviteurs de Dieu, qui l’observaient, comme à un cheval fougueux qui s’emballe et auquel l’on impose le poids du mors, lui imposèrent de mettre fin à ses jeûnes immodérés ; et ainsi sa célébrité se mit à croître autant que ses vertus l’honoraient ; et c’est par ces signes divins que sa foi se rendit célèbre par ses oeuvres, et sa vie par des signes sacrés ».

 

C'est alors que le roi Judicael (fils de Judael), entendant le récit des miracles qui arrivaient autour du saint, le manda à la cour de Domnonée et "envoya des lettres et des messagers pour qu'il reçoive la bénédiction épiscopale" (texte latin), car saint Malo "était le célèbre champion du Christ: il avait un aspect angélique, il était brillant dans sa parole, et saint en son œuvre, et chaste de son cœur, et parmi le peuple il était puissant, et en son conseil il était parfait, et en foi il était croyant, et il était rempli par la charité, et en dévotion il était glorieux et illustre, et il était ordonné dans l'amour du Christ. Alors le peuple le racontait, pendant que le roi l'entendait et voulait lui donner la dignité de l'épiscopat" (texte vieil-anglais). Quand ce fut fait, Judicael reçut la bénédiction de saint Malo et "lui accorda et confirma de nombreux dons et beaucoup de terres, avant de se soumettre à la pénitence par mépris du monde". Saint Malo resta quelques quarante années au siège d'Alet, puis se retira sur l'ile d'Aaron.

 

On voit donc qu'elle est l'origine de nombreuses paroisses et chapelles réparties en Bretagne, en particulier dans l'ancien diocèse de saint Malo: le rayonnement d'un saint fit que les princes et  notables lui attribuèrent, à lui et à ses compagnons, des terres et des domaines. Telle fut sans doute l'origine, par exemple, de la chapelle de Saint-Malo au village du Plessix, entre Algam (Augan) et Karozh (Caro).

 

 

Anthologie des signes divins

 

Et voici quelques fioretti des merveilles du Dieu qui sauve et guérit par l’intercession de saint Malo.

*

Lors de son ordination épiscopale, au moment où les évêques lui imposaient les mains, une colombe vint se poser sur sa nuque inclinée. Quelque temps auparavant, il délivra des démons quelques personnes de l'assistance.

*

Domnoc, qui devint par la suite compagnon de saint Malo, avait un métayer que Malo trouva qui se cachait dans un fossé, parce qu’il n’osait avouer à Domnoc que la truie mère de huit pourceaux qu’il avait à charge était morte de maladie. Malo, « mû par la pitié, toucha la truie de son bâton, et celle-ci se leva aussitôt ». Domnoc ayant appris la chose, offrit ses terres à saint Malo.

*

A un enfant rendu muet, il fit avec son doigt enduit de salive le signe de la croix sur les maxillaires, et l’enfant lui parla aussitôt.

*

L’ânesse de saint Malo, accompagnée d’un petit chien, avait l'habitude de partir toute seule de l'ile d'Aaron, là où vivait saint Malo, pour se faire charger de vivres en diverses villas des environs.

*

Rethwald, un prince du pays, essaya de détruire le monastère de saint Malo mais fut alors frappé de cécité. Ayant fait amende honorable, il reçut de saint Malo de l'eau bénie au nom de la sainte Trinité qu'il appliqua à ses yeux, et alors il recouvrit la vue, et voyant les choses encore mieux qu'avant : ille accepit inluminationem cordis petitione sancti cum luminte oculorum… « à la demande du saint il reçut l’illumination du cœur avec la lumière des yeux, de sorte qu'il pouvait voir par l'esprit et la raison ce qu'il n'avait pu voir auparavant avec les yeux de sa tête ».

*

Un jour qu'il se rendait à l'église de son siège (à Alet), les portes étant fermées et les gardiens introuvables, il fit le signe de la croix sur les portes qui s'ouvrirent aussitôt.

 

*

Un enfant était possédé du démon depuis cinq ans. On l'amena à saint Malo, alors il se débattit furieusement, et faisant des gestes malhonnêtes. Par la prière de saint Malo et le signe de la croix, l'enfant fut délivré.

*

Un Sarrazin fut ressuscité par saint Malo, selon "La conquête de la Bretaigne par le Roy Charlemagne". [5]

 

Souvenir des prodiges et miracles

 

A Plerguer, Miniac-Morvan, Saint-Malo-de-Fili, Corseul, Saintes (guérison de la fille du prince, d’où qu’il fut donné à saint Malo des terres à Archambray) ; dans l’église de Callac, aux confins orientaux de la Kernéo (Cornouaille), se trouve figuré sur un vitrail un miracle de saint Malo… affaire à suivre ! Le duc de Bretagne, Jean V, père d'Anne, promit à Dieu d'effectuer le Tro-Breizh s'il guérissait de la rougeole: c'est ce qui arriva et le Duc vint prier saint Malo dans le chœur de la cathédrale l'an 1419; fin novembre 1693, les Anglais, en guerre avec Louis XIV, ont posté leur armada autour de Saint-Malo, et tentent dans la nuit du dimanche 29 au lundi de faire dériver un brûlot jusque devant la tour Bidouane où se trouve  une poudrière: si la barque contenant la machine infernale eût suivit son cours comme voulu, Saint-Malo intra-muros eut subi des dégâts incalculables, mais un heureux coup de vent la fit dévier vers la roche appelée "Malo", et "prenant eau, l'allumage des mèches n'a pas eu l'efficacité espérée"[6]: splendide témoignage de la protection de saint Malo au cours des siècles.

 

 

Quand fête-t-on saint Malo ?

 

 

Au diocèse révolutionnaire de « Rennes, Dol et Saint-Malo », soit de l' "Ille-et-Vilaine", la fête de saint Malo est fixée au 15 Novembre. Pour les anciens pardons qui avaient lieu souvent en été autour des chapelles et des fontaines, la fête de saint Malo n’avait pas lieu en hiver, bien qu’à Locmalo se tenait le « petit pardon » autour du 15 novembre, cependant que l’on fêtait encore plus solennellement saint Malo au printemps, le dimanche après le Jeudi de l’Ascension. Cette dernière fête était autrefois très marquée en Bretagne, comme éminemment pascale, et beaucoup de vieux saints du pays avaient leur pardon autour de cette fête, tel saint Kiforian  à la chapelle de Bever en Gourin. De plus, saint Malo, on l’a vu, rappelle par sa vie et ses miracles (à Nantcarvan, à Alet…) l’éminence de l’événement pascal. De même, à Saint-Malo-de-Fili, on faisait autrefois, à l’Ascension, le tour de la paroisse en procession.

La fête de saint Brendan (le père-abbé de saint Malo) a été fixée le 16 mai, dans le temps pascal. Celle de saint Kiforian précéde de deux jours la Saint Malo d'hiver.

La tradition perdura, jusqu'à la révolution française, de marcher et prier en procession entre Alet et Saint-Malo, avec les reliques de saint Malo, une fois l'an. Le Proprium Sanctorum de Saint-Malo, imprimé au commandement de Guillaume le Gouverneur évêque de Saint-Malo, faisait office double solennel le jour du 15 Novembre et celui de sa Translation, avec même solennité, le 11 juillet. Le Proprium Sanctorum du diocèse de Nantes en faisait office double et celui de Rennes semi-double.

Le jour de la fête de la Translation, le 11 juillet donc, faisait mémoire du retour des reliques de saint Malo après les invasions normandes.

Nous voyons que saint Malo fut autrefois bien honoré en ses fêtes, mais aussi dans la vie sociale quotidienne, comme en témoignent les nombreux enfants qui en recevaient le nom à leur baptême, ou encore cette anectote: le seigneur de la Motte en Plumaugat devait au baron de Gaël, aux « festes sainct Nicholas de may et sainct Malo d'hiver  un esteuf ou balle à jouer à la paume, chacun de ces jours".

 

 

Mort de saint Malo

 

Ce n’est pas en son monastère de l’ile Aaron que saint Malo mourut, mais en Saintonge ! En voici la raison : certains princes et une partie de la population autour d’Alet se liguèrent contre le saint qui dut s’expatrier, aborda les iles de Ré et d’Oléron, et débarqua à la Rochelle, pour être accueilli à Saintes par l’évêque saint Léonce, pendant qu’une terrible sécheresse s’abattait alors sur Alet et son pays, où la population contrite supplia saint Malo de revenir, ce qu’il fit et c’est alors que le ciel se chargea de nuages et que la pluie commença d’arroser le Paou-Aled (le pays d’Alet) en abondance. Mais saint Malo s’en retourna ensuite à Saintes pour y mourir :

 

Inde benedicto populo terraque benedicta que antea erat infructuosa, ad domnum Leuntium episcopum, sicut illi mandauerat itinere arrepto, ualedicens populo, multis qui Deum diligebant post illum gementibus, peregrinandi gratia reuersus est. Et inde post benedictionem eius celum dedit in illa regione pluuias et terra fructum suum, populusque suscepit alimonie habundantiam et quando sanctus Machu peruenit ad Equitaniam regionem domnus Leuntius in uilla que dicitur Arcambiata habitabat, et ibi ocurrentes sibi ad inuicem odas Deo in commune retulerunt:

 

"Donc, après avoir béni le peuple et béni la terre qui jusque-là était stérile, il revint vers l’évêque Léonce comme ce dernier le lui avait demandé. Il reprit donc la route, en pèlerin, en faisant ses adieux à la population, pendant que beaucoup de ceux qui aimaient Dieu gémissaient après lui. Et après sa bénédiction, le ciel donna des pluies dans ce pays, et la terre rendit son fruit, et la population reçut de la nourriture en abondance. Et quand saint Malo parvint en Aquitaine, Léonce habitait dans la villa appelée Archimgeay (Ar­cham­bray), et en s’y rencontrant, ils rendirent grâce à Dieu en commun, l’un pour l’autre.

 

      …  monachis uigilantibus atque cantus angelorum licet absentes audientibus, trium dierum egritudinem sustinens, gallo prima uoce audientibus:

« tandis que les moines veillaient et entendaient les chants des anges, sans les voir, après avoir souffert trois jours de maladie, alors que le cop lançait son premier chant »…[7]

 

Saint Malo se serait éteint au début de la nuit du 16 Novembre 627 selon de Garaby, ou bien en l’an 612 selon Albert le Grand, à l’âge de cent dix ans.

 

Relegoù sant Mac'hlow

Les reliques de saint Malo


[1] "On trouve la Legio II Augusta Brittanica cinq siècles durant à Villa Brittanorum, devenue Brittenheim puis Bretzenheim près de Mayence (…) Vers la fin du Ve siècle, (les Bretons) composent au moins un cinquième de l'armée romaine. Leur proportion s'accroît encore avec le passage sur le continent de l'armée de Bretagne en 383-388 et 407-411" Atlas historique des pays et terroirs de Bretagne, par Philippe Jouët et Kilian Delorme, éd. Skol Vreizh.

[2] Domnonée: en gros, ce qu'on dénomme aujourd'hui "Cornwall" en anglais, au Sud-Ouest de l'ile (voir carte ci-dessus), ainsi que le Devon et le Somerset..

1 Il y avait d’étroites relations entre l’Eglise de Bretagne et celle d’Irlande, comme le montrent les nombreux noms de saints gaëliques qui sont restés en Bretagne armoricaine, particulièrement autour de la Rance. De nombreux Irlandais fréquentaient les monastères Bretons, avant de venir sur le continent. Inversement, nombreux étaient les Bretons qui venaient en Irlande pour s'instruire, ou évangéliser, et même s'établir. Saint Samson, le fondateur du monastère de Dol (à l'est de Saint-Malo), n'envoya-t-il pas son propre père en Irlande pour qu'il s'y instruise sur les vérités de la Foi?

[3] Albert le Grand.

[4] Malo et Riwan envoyaient leur ânesse chercher des vivres à différentes villas, dont l’une appelée villa Laioc, quam nunc pari deglutiente derelictam uidemus, « que nous voyons maintenant délaissée par la mer au reflux » : Bili rapporte ici ce qu’il est advenu deux siècles plus tard d’une villa contemporaine de saint Malo.

[5] F. Joüon des Longrais: "Le roman d'Aquin ou La conquête de la Bretaigne par le Roy Charlemagne" Nantes 1880. Dans ce récit poétique est fait mention d'un livre consulté à Saint-Malo et qui relate le miracle: "Si ne craiez que ge dy de verté / A Sainct Malo est ou libvre trouvé / Par la legende saint Malo l'amy Dé / Illec y est ceul miracle enbullé / et moult des aultres de vuille antiquité"

[6] Gilles Foucqueron "St-Malo en l'Isle" éd. Cristel - 2011

[7] Diacre Bili, « Vie de Saint-Malo »

Sant Mac'hloù hag e vro (2)
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