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Sant Arzhmael

par G.G.M.

publié dans saints de Bretagne , sent Breizh , sevenadur

Iliz Plouarzhmael / Eglise de Ploërmel
Iliz Plouarzhmael / Eglise de Ploërmel

Sant Arzhmael

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Saint Armel



LA VIE DE SAINT ARMEL, ou ARZEL
Abbé et Confesseur, le 16 Aoust.


I. Saint Armel (...) nasquit en la Province de Pennohen, en l'Isle de Bretagne (1), environ l'an de grace 482 sous le Pontificat du Pape saint Simplicius, & l'Empire de Zenon ; regnant en Bretagne Armorique le Roy Hoël I du nom. Ses parens, qui estoient des plus Nobles & moyennez du Pays, l'envoyerent en pension au Monastere d'un saint Personnage de ce Pays, qui faisoit ecolle à nombre de jeunes enfans de Maison, lesquels Armel surpassa, en peu de temps, non moins en vertu qu'en science. Il cherissoit, sur toutes les vertus, l'humilité, s'exerçant és plus viles & abjectes fonctions de la maison ; il estoit assidu en l'Oraison, sobre en son vivre, modeste en ses habits, doux & benin en sa conversation, charitable envers son prochain, compatissant en ses infirmitez, chaste d'Ame & de corps, patient és injures, obeïssant à ses Superieurs, respectueux envers ses Anciens ; &, n'estant encore que Seculier, étudiant audit Monastere, il égaloit en vertu & perfection les plus anciens & parfaits Moines du Monastere. Il y avoit un de ses condisciples qui avoit été longuement détenu d'une fâcheuse fiévre, mais son esprit estoit bien plus cruellement tourmenté d'une grande tentation, laquelle il n'avoit pû chasser, ny par priere, ny par jeûnes, ny par larmes ou autres remedes spirituels ; un jour, lors qu'il se chauffoit en la compagnie des autres écolliers, il luy vint en esprit de toucher, par devotion, le bord de la robbe de saint Armel ; ce qu'ayant fait, il fut, tout sur le champ, delivré & de la fiévre & de l'importunité de sa tentation, dont il rendit graces à Dieu & à saint Armel, qui le conjura de n'en rien dire à personne.
II. Ayant achevé le cours de ses études, il s'en retourna chez ses parens, &, de leur consentement, se fit d'Eglise ; &, ayant receu les Ordres successivement, chanta Messe & vécut quelques années Prêtre Seculier, s'entretenant sobrement de son Patrimoine, donnant le surplus aux Pauvres ; mais Dieu, qui en vouloit estre servi en l'état de perfection Evangelique, luy fit naître dans l'Ame un parfait desir d'abandonner le monde ; &, comme il s'entretenoit en cette pensée, il entra dans l'Eglise, où le Diacre chantoit ces paroles de l'Evangile : Quiconque ne renonce à tout ce qu'il possede ne peut pas estre mon Disciple. Il prît ces paroles comme si elles eussent esté proferées pour luy seul, &, ayant fait sa priere, il fut confirmé en sa resolution ; toutefois, de peur de se tromper au choix & élection du genre de vie qu'il embrasseroit, & de suivre sa propre volonté au lieu de celle de Dieu, il alla voir le S. Abbé, au Monastere duquel il avoit étudié, qui s'apelloit Caroncinalis, proche Parent de S. Paul de Leon, qui, ayant reconnû que sa vocation estoit de Dieu, le confirma en son saint propos & l'exhorta à le mettre en execution. S. Armel, ayant pris congé de son bon Maître, se retira en sa maison ; &, pour vaquer plus librement au Service de Dieu, se resolut de quitter son Païs, ses parens & ses biens, dont il distribua bonne part aux pauvres. Cependant qu'il fit les préparatifs de son voyage, Dieu inspira plusieurs jeunes hommes, touchez d'un même desir que luy, de l'aller trouver, afinde vivre sous sa Regle & Discipline, avec lesquels il passa l'Ocean Britannique, & vint aborder à la coste de Leon, en un Havre nommé Aber-Benniguet, c'est-à-dire Havre Beny, où il descendit du vaisseau, &, avançant en terre ferme environ de demi lieuë, édifia un Oratoire & des petites hûtes pour soy & pour ses Confreres, au lieu où, de present, est le Bourg & Eglise Paroissiale, qui, de son nom, s'apelle Ploüarzel, où il demeura jusqu'à ce que Joüa, Roy de Basse-Bretagne, ayant esté tué par le tyran Comorre, qui vexoit & pilloit le Leonnois, il se retira en France par devers les Roys Childebert de France & Judwal de Bretagne (2), lesquels, avertis de la sainteté de sa vie & des grands miracles qu'il faisoit, luy avoient écrit, le prians de les venir trouver & amener avec luy quelques uns de ses Disciples.
III. Le Saint fut bien receu du Roy Childebert, lequel se delectoit extrêmément en sa conversation & le fit de sa maison & de ses domestiques, suivant ses salutaires conseils és plus importantes affaires qui concernoient le gouvernement de son Estat & le reglement de sa Maison, en laquelle il demeura sept ans, au bout desquels il demanda congé de se retirer, ne pouvant plus supporter la haine & la jalousie que luy portoient des Courtisans, à cause de l'estime que sa Majesté faisoit de luy. Il fut plusieurs fois refusé ; enfin, son importunité l'emporta, & quitta la Cour du Roy Childebert pour retourner en Bretagne, non plus à Ploüarzel, mais en un lieu que le Roy Judwal luy avoit donné, distant de Rennes de trois lieuës (3). Comme il prenoit congé de ces Princes, il guerit un paralytique qui luy demandoit l'aumône ; ce qu'ayant esté rapporté à un aveugle qui demeuroit là auprés, il se vint jetter aux pieds du Saint, qui luy fit le signe de la Croix sur les yeux & l'illumina. Le bruit estant semé en Bretagne qu'il s'en retournoit, les chemins par où il devoit passer furent bordez de malades, qui se faisoient porter en des litieres & branquarts pour estre par luy gueris, auxquels il rendoit la santé par le signe de la Croix ; &, passant par un Village où il ne se trouvoit point de bonne eau, il posa son baston en terre, &, aprés avoir fait Oraison, le retira, &, incontinent, il parut en ce lieu une source de bonne eau, laquelle n'a depuis cessé de couler, & s'apelle la fontaine de saint Armel.
IV. Estant arrivé au lieu que le Roy Judwal luy avoit donné, il y édifia un Oratoire & quelques Cellules pour soy & quelques autres Clercs qui se rangerent en ce lieu pour servir Dieu sous sa conduite & direction. Ils vivoient tous en commun des aumônes & charitez que les Fidels du voisiné leur faisoient, &, en recompense, ils les instruisoient & confirmoient en la Foy par leurs Predications, faisoient l'Office en leur Eglise, Dieu faisant paroistre leur sainteté par plusieurs miracles, nommément en la guerison des malades, dont la porte de leur Eglise estoit continuellement remplie. Un jour, S. Armel allant par Pays, une femme, travaillée d'un flux de sang, s'approcha de luy, & ayant touché le bord de sa robbe, fut guerie. Il y avoit en ces quartiers un horrible dragon, qui avoit sa caverne en une petite montagne, prés la rivière de Seîche, lequel faisoit un grand ravage par le Pays circonvoisin ; S. Armel, regrettant le dommage qu'en recevoient les Paysans, pria Dieu de les vouloir delivrer de cette calamité, &, le lendemain, ayant celebré la Messe, il déposa son Chasuble, puis se fit conduire à la caverne du monstre, auquel il commanda de la part de Dieu, de sortir, ce qu'il fit bien ; alors il lui lia son Estole au col & le traîna à travers ladite montagne, jusques sur le bord de ladite riviere, luy commandant de s'y précipiter, ce qu'il executa ; &, pour memoire de ce miracle, la route ou sentier par lequel le Saint traîna le Monstre à travers la montagne (qui fut nommée le Mont S. Armel) parut sec & aride, sans qu'il y crûst aucune herbe.
V. Dieu, le voulant recompenser de ses longs travaux, luy revela le jour de son heureux decez, dont il rendit graces à sa divine Majesté, & en donna avis à ses Religieux, les exhortant à perseverer constamment en leur sainte vocation ; puis se confessa, le lendemain, celebra les divins Mysteres, devant tout le Peuple, &, aprés leur avoir donné la Benediction, prit congé d'eux, receut devotement le Sacrement d'Extrême-Onction, & s'estant, quelques heures, entretenu avec Dieu, le 16 d'Aoust 552. Ses Disciples laverent son Corps & l'ensevelirent honorablement en son Monastere, où Dieu a continué les miracles à son Tombeau jusques à ses derniers succez, & sa paroisse, (où sont ses saintes reliques), à trois lieuës de Rennes, est devotement visitée des Pelerins, & la Ville de Ploërmel, au Diocese de S. Malo, porte son nom, l'Eglise Paroissiale da ladite Ville estant dediée à ce saint Confesseur.
(Vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert le Grand (1636) - édition de 1901 – Quimper)


 

Feunteun St-Arzhmael / fontaine St-Armel

Feunteun St-Arzhmael / fontaine St-Armel

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Développement du Marquis de Bellevue


 

             (Saint Armel) se fixa dans un terrain inculte que lui donna le roi breton Judual, terrain situé à quatre lieues au sud de la ville de Rennes, près de la rivière de Seiche, où il construisit un ermitage, autour duquel se constitua le bourg actuel de Saint-Armel des Boscheaux. De là, le saint apôtre étendit ses prédications dans tout le voisinage, et s’avança jusqu’à l’extrémité Sud-Ouest de la forêt de Brocéliande. Il y fut accueilli par un bon seigneur, nommé Guy, qui demeurait à Kerguy (Jerguy le bourg de Guy) ; et qui lui donna un territoire situé près de là, territoire qui s’appelait alors « Pen-Ohen » (Tête-de-Boeuf), et qui porta depuis le nom de Saint-Armel « Plou-Armel ».
           Ce fut dans ce lieu que mourut Saint-Armel, le 16 août 552, dans les bras de son ami, Guibourg, qui, suivant la volonté dernière du pieux abbé, fit rapporter son corps aux Boscheaux, où l’on voit encore son tombeau. Ce tombeau, placé derrière le maître-autel de l’église, est recouvert d’une pierre calcaire de 1 m. 80 de long et large de 0 m. 60 à l’une des extrémités et de 0 m. 20 à l’autre. Plus tard, le plus grande partie des ossements du Saint, à l’exception de la tête, furent apportées dans l’église de Ploërmel, où on les vénère encore de nos jours. Ces précieuses reliques, furent recueillies lors de la Révolution par une pieuse femme, qui les garda avec respect et les rendit à l’église à la fin de la persécution républicaine.
           La vie de Saint-Armel a été mise en vers français, sous forme de tragédie, par Messire Baudeville, prêtre et maître d’école à Ploërmel ; elle fut représentée sous les halles de cette ville chaque année le 16 août, jour de la fête de Saint-Armel, depuis 1611 jusqu’à la Révolution.
           L’un des principaux miracles attribué à Saint-Armel est la destruction d’un énorme serpent, ou guivre, qui désolait tout le pays, et que le Saint abbé lia au cou avec son étole et précipita dans une rivière. On prétend que ce fut aux Boscheaux que fut accompli ce miracle ; et l’on montre encore, près du bourg, une butte, dite « Mont-Saint-Armel », du sommet de laquelle le saint aurait jeté la guivre dans la rivière de Seiche ; on dit que l’herbe n’a jamais poussé depuis sur le sol où glissa le serpent en tombant dans la rivière. Mais le pays de Ploërmel revendique aussi ce miracle comme sien, et voici ce que nous lisons à ce sujet dans « les Légendes locales de la Haute-Bretagne », par M. Sébillot, page 174 :
           « Dans les environs de Ploërmel, la légende de Saint-Armel triomphant d’un serpent, ou dragon, qu’on appelle populairement " la Guibre ", est encore très connue des paysans. La guibre était un énorme serpent, ou lézard vert, qui désolait le pays on l’appelait aussi " la beste de Guibourg ", parce que, disent les anciens, c’était près de Guibourg (Jerguy) qu’elle se cachait le plus souvent, attaquant les grandes personnes, et dévorant les moutons, les poulains et les petites vaches bretonnes. Tout comme Saint-Michel terrassa le dragon, image du démon, ainsi Saint-Armel terrassa la guibre. Lorsqu’il l’eût vaincue, il la lia avec son étole, ainsi qu’en témoignent toutes les vieilles statues et les anciens vitraux du pays ; et, la guibre devenant aussi faible qu’un mouton, Saint-Armel la précipita dans l'Etang-au-Duc (ou plutôt dans la rivière d'Yvel, car l'Etang-au-Duc n’exista que plus tard). D’aucuns prétendent que c’est dans un chemin creux tout près de la pièce dite " des châteaux " (" dans le petit chemin des Châteaux de l’enfer ") que se livra le combat entre la guibre et Saint-Armel. Au milieu de ce chemin on voit une grosse roche qui porte la trace d’une patte ; et ce pied est celui de la guibre, qui, précipitée du haut de la butte des châteaux, alla rouler dans le ravin et se noya dans le ruisseau qui sort du grand Etang » (La butte des Châteaux domine à l'Est la chaussée de l'Etang-au-Duc). Ce serait en reconnaissance de ce miracle, que le seigneur de Jerguy (Guybourg) aurait donné à Saint-Armel le territoire qui s’appela depuis Ploërmel.
La chronique prétend aussi que Saint-Armel aurait bâti une église à l’endroit où sont encore les halles de Ploërmel, église qui, ayant été ruinée pendant les guerres du XIVème siècle, aurait été remplacée par la basilique actuelle (4) .
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1. Dans le Clamorgan
2. Judwal lui-même avait dû s'enfuir en France, avec l'aide de saint Lunaire, puis parvint à revenir en Bretagne grâce à l'entremise de saint Samson.
3. Saint Armel- des-Boschaux
4. L'ancienne église était perchée sur le Mont-Thabor, dominant toute la forêt et le pays en direction de Saint-Malo. L'église de Ploërmel n'a pas le titre de "basilique". Par contre, il était d'usage de la nommer "la cathédrale", sans doute du fait que le pays alentour, le Porhoët, faillit accueillir le siège de l'évêché d'Alet-Saint-Malo, par opposition à l'ancien siège gallo-romain.
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Armel vient du britonnique "Arzhmael", qui veut dire "Grand-Ours" ou "Prince-Ours". La forme latine étant Armagillus. La dévotion à saint Armel s'étend dans sud-ouest du pays de Rennes et dans l'ancienne Domnonée orientale (Ploërmel, Allineuc…), ainsi que dans le Vannetais. La Cornouaille semble exempte par contre de son culte, bien j'ai vu sa statue dans une église du Poher, je ne sais plus laquelle. L'église de Ploërmel possédait son crâne, mais je ne sais où il est conservé aujourd'hui. Ce sont des centaines de lieux, maisons et fontaines qui sont consacrés à saint Armel en Bretagne ou portent son nom, et de nombreuses images le représentent. En voici quelques uns:
- Chapelle St-Armel à Plaine-Haute (détruite), près du village et de la chapelle de St-Méen. Il est de tradition que les deux saints ont beaucoup travaillé ensemble.
- Titulaire de l'église de St-Séglin, évêché de Saint-Malo
- Aumônerie Saint-Armel, à Nantes
- Statue dans l'église de Lantic (Goëllo)
- Chapelle à Allineuc (détruite)
- Chapelle au port de Messac
- Chapelle à Ménéac
- Moulin et pont Saint-Armel à Bruz, et manoir du même nom ("hôtel Saint-Armel")
- Moulin Saint-Armel à Cléguérec
- Léproserie Saint-Armel à Sévignac
- Eglise et fontaine Saint-Armel à Loutéhel
- Ancienne église de Dingé et fontaine
- Champ Saint-Armel à Saint-Malo
- Chapelle dans le cimetière de Saint-Just
- Chapelle à Caden
- Patron de Bléruais; une peinture le représente dans l'église
- Eglise et fontaine Saint-Armel à Langouët
- Ecole Saint-Armel à Saint-Jouan-de-l'isle; il avait aussi un oratoire, sur la route de Plumaugat, au lieu-dit de Kergoët, et une fontaine
- Patronage Saint-Armel à Caulnes
- Chapelle à Saint-James (Normandie, près de la frontière bretonne)
- Lande-Patry (évêché de Sées, Normandie): reliques et autel dans l'église
- Soucelles (évêché d'Angers): fontaine
- Chapelle à Ploemeur
- Chapelle au Grand-Fougeray
- Saint Armel figure sur l'une des fenêtres de la chapelle Saint-Marc, au château de Malleville, Ploërmel
- "Perron Saint-Armel", nommé aussi "Saint-Méen", à l'emplacement de la chapelle Saint-Antoine, à Ploërmel, non loin de la fontaine éponyme
- Calvaire Saint-Armel à Pléchatel
- Figure sur une fenêtre de l'église d'Augan
- Eglise du Theil: autel Saint-Armel
- Il a sa statue dans l'église de Marcillé-Robert
- Chapelle à Caden
- Fontaine à Radénac
- Statue dans l'église de Pontivy
- Treverien
- Patron de la paroisse de Lourmais; sa statue figure au maître-autel de l'église
- Fontaine à Languédias (Vieux-Bourg)
- Chapelle à Bubry

En iliz Algam, bro-Sant-Mac'hloù / Saint Armel dans l'église d'Augan, entre Guer et Ploërmel, pays de Saint-Malo

En iliz Algam, bro-Sant-Mac'hloù / Saint Armel dans l'église d'Augan, entre Guer et Ploërmel, pays de Saint-Malo

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