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An Oferenn gozh

par G.G.M.

An Oferenn gozh

Un prêtre "ordinaire" (mais iltalien !) découvre la messe en forme "extraordinaire".
Extrait de Paix Liturgique:

 

LE LATIN ET CE QUI VA AVEC


« Je demande que les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, soient préparés à comprendre et à célébrer la messe en latin, ainsi qu'à utiliser des textes latins et à utiliser le chant grégorien ; on ne négligera pas la possibilité d'éduquer les fidèles eux-mêmes à la connaissance des prières les plus communes en latin, ainsi qu'au chant en grégorien de certaines parties de la liturgie. »

Benoît XVI, Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis, n. 62

"Ce samedi 29 mars 2014, la Coordination italienne du Summorum Pontificum (CNSP) organise à Vérone une conférence de Don Roberto Spataro, professeur de littérature chrétienne ancienne à l’Université Salésienne de Rome, sur le thème « Summorum Pontificum et la redécouverte de la liturgie traditionnelle : les raisons de connaître et d’aimer la messe tridentine ».

Si nous nous intéressons à cet événement, c’est parce que l’abbé Spataro, 48 ans, est représentatif de ces prêtres dont la vie sacerdotale a été marquée par le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007. Le lendemain de sa conférence, pour le dimanche de Lætare, Don Spataro célébrera d’ailleurs pour la première fois publiquement la forme extraordinaire du rite romain.

I – RENCONTRE AVEC L'ABBÉ SPATARO

(Hormis les deux dernières réponses, données en exclusivité à notre édition italienne, les questions de cet entretien et la collecte des réponses sont l’œuvre d’Ilaria Pisa pour le site Campari & de Maistre.)

1) Depuis cinquante ans, l’étude du latin dans l’Église, y compris dans les séminaires, semble s’être perdue : d’après vous, quelles sont les raisons de ce désintérêt ? Est-ce le résultat d’un choix organique ?

Abbé Spataro : Plus que d’un choix organique et programmé, je crois que le désintérêt pour l’étude du latin dans l’Église est le fruit d’une atmosphère culturelle qui a recherché ingénument les res novæ tout en méprisant la tradition. L’Église elle-même n’a pas résisté au dédain pour les studia humanitatis qui s’est répandu au fil des décennies dans la société comme dans le monde de l’éducation.

2) L’abandon quasi complet du latin dans la liturgie, à la suite de la réforme du missel romain opérée par le pape Paul VI, correspond-il bien aux vœux formulés par les pères conciliaires dans la Constitution Sacrosanctum Concilium ?

Abbé Spataro : Le missel romain de Paul VI est en latin ! Surtout, il convient de rappeler que Sacrosanctum Concilium confirme l’usage du latin dans la liturgie tout en préconisant un usage raisonnable et fructueux des langues vernaculaires à certains moments. Il est évident pour beaucoup que la réforme liturgique qui a fait suite au Concile n’en a pas respecté les prescriptions.

3) Ne trouvez-vous pas que "l’obstacle linguistique" que représente aujourd’hui le latin dans la liturgie constitue en réalité un encouragement à accomplir ce nécessaire effort mental qui permet au fidèle de se détacher du quotidien pour mieux entrer dans les mystères sacrés ?

Abbé Spataro : En fait, une donnée quasi universelle de la phénoménologie des religions veut que celles-ci reposent sur l’usage d’une langue sacrée, différente de celle pratiquée dans la vie quotidienne pour mieux saisir que l’on n'est pas dans le registre "ordinaire" mais dans un autre monde, celui du sacré, du divin. Or le latin, en raison de certaines de ses caractéristiques propres, est particulièrement adapté à l’expression des res sacræ.

4) L’abandon du latin n’a-t-il qu’une dimension culturelle ? N’existe-t-il pas aussi un risque qu’il produise, ou ait déjà produit, un affaiblissement de l’unité et de la cohésion de l’Église catholique, dans la mesure où l’unité de langage est signe de l’unité de foi ?

Abbé Spataro : Vous avez raison. Quand le pape Jean XXIII promulgua la Constitution apostolique Veterum Sapientia sur la valeur du latin, il souligna énergiquement le besoin pour une institution internationale, comme l’Église, de s’appuyer sur une langue transnationale. Le latin, langue immortelle et qui n’appartient à aucun peuple, correspond parfaitement à cette exigence.

La perte de l’usage actif du latin a rendu plus difficile les communications entre les épiscopats locaux et le Saint-Siège. En outre, la connaissance du latin permet, en premier lieu aux prêtres, d’entrer dans une sorte de communion « diachronique » avec les documents de la foi des siècles passés, des documents qui ont formulé la foi de l’Église, œuvres souvent de saints et d’insignes docteurs, expression de l’authentique sensus fidelium. Oui, sans le latin, on peut bien dire qu’il y a un risque d’ecclésiologie faible, fragmentée, privée de lien avec la Tradition.

5) La plupart des grands théologiens de l’Église ont composé leurs œuvres en latin : l’abandon du latin dans le champ de la théologie peut-il avoir des répercussions sur le plan doctrinal, dans le sens où le recours à des termes impropres et privés d’univocité favorise l’usage de concepts défaillants et de catégories imprécises pouvant entraîner des incompréhensions graves des textes de la tradition théologique de l’Église ?

Abbé Spataro : Je crois que le latin est une langue très concise qui porte à ne pas être prolixe, or la prolixité est un défaut qui touche de nombreuses publications théologiques contemporaines. Le latin éduque en outre à la précision dans l’expression de la pensée. Par ses qualités de sobriété et de précision, le latin évite bien des conflits dans l’interprétation des textes.

6) Le 30 mars, pour le dimanche de Lætare, vous célébrerez à Vérone dans la forme extraordinaire du rite romain que de nombreuses personnes appellent encore la « messe en latin ». Pouvez-vous nous dire quand vous l’avez découverte et ce qui vous a porté à la célébrer ?

Abbé Spataro : Depuis ma jeunesse, j’ai été intrigué par l’histoire de la Fraternité Saint-Pie X. L’amour de cette communauté pour l’ancienne messe me frappait. Au lendemain du Motu Proprio Summorum Pontificum, j’ai approfondi le sujet et compris la richesse doctrinale de ce rite.

En 2010, alors que je vivais à Jérusalem, une communauté religieuse féminine m’a invité à célébrer la Sainte Messe de saint Pie V. Depuis, à chaque fois que s’en présente l’occasion, je célèbre avec joie avec le missel de 1962, qui est un trésor de théologie authentique et de profonde spiritualité. Cela m’aide à devenir meilleur et Dieu sait si j’en ai besoin ! En outre, et surtout, elle constitue un aliment très solide pour augmenter l’action de la grâce dans la vie des fidèles. N’est-ce pas là l’action pastorale fondamentale à laquelle nous sommes appelés ?

7) Comme enseignant de latin et prêtre qui célèbre in utroque usu, quel conseil donneriez-vous aux prêtres et aux fidèles qui se sentent attirés par la liturgie traditionnelle, en raison de sa plus grande sacralité et de la centralité du mystère eucharistique, mais qui se sentent freinés par leur ignorance du latin ?

Abbé Spataro : Tout d’abord, je voudrais souligner que l’usage du latin est l’un des éléments essentiels du rite tridentin qui, en mettant l’accent sur la sainteté de l’action liturgique, valorise l’emploi d’un langage sacré comme nous venons de le voir. Si je dois donner un conseil, je distinguerais les fidèles des prêtres.

Aux fidèles qui n’ont pas le temps d’étudier le latin, je recommanderais d’utiliser systématiquement les missels bilingues, ce que beaucoup font. Au fur et à mesure, grâce à la confrontation entre le texte latin et celui dans leur propre langue, et à un peu de catéchèse liturgique, ils seront en mesure d’apprécier la langue de l’Ordo Missæ.

J’inviterais en revanche fortement les prêtres à étudier le latin, non seulement pour célébrer digne et competenter, mais aussi pour mieux s’imprégner de toute la tradition théologique et spirituelle exprimée en langue latine, dont la messe tridentine est le fruit excellent. Avec la permission de leurs ordinaires, ils pourraient se consacrer à l’étude du latin pour une période de mise à niveau : avec une méthode appropriée et des professeurs compétents, six mois sont suffisants pour obtenir des résultats plus que satisfaisants."

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