Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Santez Azenora

par G.G.M.

publié dans Feiz , Devnon , Domnonée

Santez Azenora
Buhez Santez Azenora diwar skridoù ar chaloni Malo Garabi.

Vie de sainte Azénor, d'après les écrits du chanoine M. de Garaby

 

"La légende de sainte Azénor et de saint Budoc n'est pas plus un conte que l'histoire de Secondian, dans saint Paulin. Elle a toutes ses preuves, et dans les actes des églises de Dol et de Léon" (Kerdanet)

 

Azénor (…) naquit en 519 (au temps de l'émigration bretonne vers l'Armorique), et eut pour père Even,  (prince) de Lesneven, selon l'abbé Gallet et suivant la tradition. Elle fut élevée à Languengar, en Lesneven, dans l'ancienne principauté de Domnonée [1].

Une éducation, qui ne laissa rien à désirer, s'unit aux charmes et aux grâces dont le ciel l'avait enrichie, Azénor témoigna sa reconnaissance envers Dieu par une tendre piété, qui commença avec l'usage de la raison, et envers ses parents, par une affection qu'elle porta jusqu'au dévouement. Elle fit chérir sa supériorité à tout le monde, en la rendant utile et agréable aux petits comme aux grands.

La main de la princesse accomplie fut recherchée par les jeunes seigneurs de la plus haute distinction. Le fils aîné du comte de Goëlo et Tréguier l'emportait sur ses rivaux aux yeux de la famille. Il restait un obstacle à vaincre: il fallait obtenir le consentement d'Azénor. Elle désirait se consacrer corps et âme, et pour jamais, au service du roi des rois.

Les sollicitations de son père, et encore plus celles de sa mère, finirent par la gagner. L'alliance fut célébrée à Brest, en 537. Après les brillantes fêtes du mariage, le prince Even, assisté de toute la noblesse de Léon, conduisit les époux dans leurs terres, où la réception fut magnifique.

Le jeune prince et sa vertueuse compagne choisirent pour séjour ordinaire un superbe castell assis sur une colline, dans une riante vallée, ceint en grande partie par un vaste étang, qui fortifiait ses fossés. Il s'agissait sans doute d'un ancien oppidum celtique. Ce palais bâti par le roi Aodren, donne son nom à la ville actuelle de Châtelaudren, ancienne capitale de Tréguier-Goëlo.

Un an après leur arrivée à Dunaodren (Châtelaudren), ils reçurent la nouvelle de la mort de la mère de la jeune comtesse. Azénor, affligée, fit prendre le deuil à toute sa cour, et alla avec son mari consoler son père, rendre les derniers devoirs à la princesse, et revint dans son dun [2] de prédilection.

Quelques mois après, Even (le père d'Azénor) épousa une dame de grande maison, pleine de méchanceté et jalouse de l'amour du prince et de son beau-fils pour la belle et sage Azénor. Elle jura sa perte; elle écrivit au mari qu'elle avait des preuves frappantes de l'infidélité de la princesse, et soutint devant le père la même accusation. Ce fut un coup de foudre pour le malheureux vieillard. La confiance qu'il avait en sa femme et les serments de cette astucieuse ennemie le persuadèrent: il résolut de faire condamner sa fille Azénor au dernier supplice. Cependant, le fatal billet était remis à l'époux d'Azénor par un confident de la marâtre. Le perfide émissaire ajouta tout ce qu'il put à l'écrit qu'il portait; et ne partit que lorsqu'il eut changé en haine furieuse le vif attachement que le prince avait pour son épouse. Cette innocente victime fut enfermée, gardée et mise au secret dans une des tours du dun qui regardait l'étang. Azénor, détachée des biens de ce monde, souffrit patiemment ce brusque changement de situation, se confia à la providence, et implora la consolatrice des affligés, ainsi que sainte Brigitte d'Irlande, dont Dieu manifestait la gloire par de nombreux miracles opérés à son tombeau.

La cruelle persécutrice, pour achever la ruine de sa bru, suborna, à force d'argent, des témoins, pour dire tout ce qu'elle voudrait. Le prince assembla ses barons et son conseil, fit amener l'accusée, et bientôt entra furieux dans l'assemblée interdite. Le procureur énuméra tous les griefs auxquels l'époux courroucé somma Azénor de répondre. La fille du prince de Léon était assise sur l'humble sellette des prévenus. Elle se leva avec calme, et protesta qu'on pouvait lui ôter une vie à laquelle elle ne tenait pas; mais que personne ne pourrait lui ravir l'amour inviolable qu'elle avait pour son mari, et sa réputation de femme d'honneur qu'elle ferait passer jusqu'aux cendres de son tombeau, malgré les efforts de ses ennemis. On décida qu'elle serait renvoyée à son père, dont on exigeait la vengeance du crime, par toutes les voies raisonnables.

Dès le lendemain, le prince fit conduire son épouse Azénor dans le Léon, chez son père. A la vue de sa fille enchaînée et accusée de désordres honteux, Even jeta des cris déchirants. Les assistants furent tous émus, excepté le seigneur de Goëlo. Il menaça d’en venir aux armes, si le forfait restait impuni. Le prince, dans cette cruelle alternative, pria son gendre de rester, pour être témoin des rigueurs réservées à sa fille, si elle était trouvée coupable, et la fit enfermer dans une grosse tour qui dominait le port de Brest, et qui porte encore maintenant le nom de Tour Azenor. La princesse y vécut dans la pénitence et la prière, s’armant des forces que la Foi procure. Son implacable mari pressait le jugement. La sentence fut rendue, et porta que la Comtesse de Tréguier et Goëlo, convaincue d’adultère, serait brûlée vive, et que ses cendres seraient jetées dans la mer. La lecture de cette affreuse condamnation n’ébranla point le courage de notre héroïne.

Elle prit le Ciel à témoin de son innocence, lui demanda la grâce d’endurer ses tourments avec patience, et pria d’épargner le fruit qu’elle porait depuis quatre mois. On crut que c’était un prétexte qu’elle inventait pour gagner du temps. On la fit visiter par des matrones qui confirmèrent sa déclaration. Les juges voulaient qu’on différât l’exécution, le père y consentait ; mais le comte insistait pour qu’on détruisit et la mère et l’enfant. Pour lui donner quelque satisfaction, on décida qu’Azénor, enfermée dans un tonneau de bois, serait abandonnée aux flots de la mer. L’heure venue, elle sortit du cachot armée d’un crucifix, chargée de chaînes, levant vers le Ciel un front serein. Ce fut un spectacle touchant de voir cette princesse traverser la ville, depuis le château jusqu’au port, entre les bourreaux et les soldats, conduite par des officiers de justice et suivie d’une foule immense. Les uns déploraient ses infortunes, les autres détestaient le crime qu'on lui imputait. Avant de quitter le rivage, elle pria à haute voix pour ses persécuteurs, ajoutant qu'elle espérait qu'un jour son innocence serait reconnue. Dès qu'elle fut sur le navire, l'équipage mit à la voile; et, quand on se fut éloigné de quinze à vingt lieues, on enferma Azénor dans le tonneau funeste, qu'on jeta dans l'abîme, et on revint à Brest annoncer que tout était accompli. L'époux satisfait s'en retourna.

Longtemps Azénor erra sur les flots, exposée à mille naufrages. Le céleste protecteur de la vertu persécutée veilla sur elle et fournit à ses besoins. Dans son étroite et mobile prison, Azénor accoucha heureusement, et conjura le Tout-Puissant de faire en sorte que son fils reçût le baptême. Bientôt le tonneau s'arrêta; il était entré dans la rade d'Aberffraw, en Bretagne galloise (Pays de Galles). Un villageois accourut et voulut enfoncer le tonneau croyant y trouver un riche butin; mais une faible voix l'avertit d'aller chercher l'abbé du monastère tout proche. Ce charitable supérieur vint avec des religieux et les principaux habitants de l'endroit, fit ouvrir le tonneau, emmena la mère et l'enfant au bourg, leur donna tout ce que réclamait leur misère. Instruit à loisir de leur infortune, il remercia le Ciel de les en avoir délivrés, et dès le lendemain, il baptisa solennellement l'enfant, devant d'innombrables spectateurs. Il le nomma Budoc, qui a le même sens que Moïse: "sauvé des eaux".

Azénora se fixa dans cet endroit et pour éviter le désoeuvrement, elle prenait part aux travaux des lavandières, afin de gagner de quoi subvenir aux besoins de son fils et aux siens, et donnait le surplus aux indigents.

Il n'y avait pas encore deux  ans que le prince avait perdu son épouse; il commença à la regretter. Il se reprocha amèrement sa précipitation. Il vit bientôt que son repentir était fondé, car la marâtre mourut en avouant son injustice. Aussitôt, il se mit à la recherche d'Azénor; il finit par arriver à Abervrao. Quelle fut sons immense joie, en découvrant celle qui était si digne de son affection, et l'enfant qu'il avait si cruellement condamné !

Le prince, souhaitant montrer à la Bretagne continentale l'innocence enfin reconnue et triomphante, fit préparer un vaisseau; mais par suite de ses fatigues et de ses chagrins, il fut atteint d'une maladie de langueur. Les soins les plus tendres lui furent prodigués par son épouse. Il profita de la longueur de sa maladie pour faire une confession générale au charitable abbé, reçut les sacrements d'eucharistie et d'extrême onction, demanda pardon à sa femme, bénit son enfant, et passa paisiblement de cette vie à l'autre, en 543. Son corps fut inhumé dans l'église abbatiale. Quand à Azénora, elle regagna l'Armorique et mourut dans un couvent de Kernéo (Cornouaille): on voyait jadis sur la pointe du Raz, entre le bourg de Goulien et la chapelle de Laneurec, les ruines d'un monastère qu'on appelait "kouent santez Azenor". Elle était patronne de l'église de Languengar (près Lesneven), qui a été détruite en 1832, mais il reste deux fontaines dédiées à la sainte, dont la plus célèbre est celle de Clesmeur.

Il exista dans le Cap-Sizun, en la paroisse de Goulien, un petit monastère sous le patronage de la sainte.

Budoc, le fils d'Azénor, se consacra à Dieu et devint évêque de Léon, de Cashel (Irlande) ou encore de Dol, suivant les versions. Je pencherais pour Dol, car saint Samson, le fondateur du monastère de Dol, est honoré à Landunvez, paroisse mitoyenne de Porspoder où est honoré saint Budoc. On le fête le 8 Décembre.

 

[1] Languengar, trève de Lesneven, faisait partie de l'archidiaconé de Kemenet-Ily relevant de l'évêché de Léon et était sous le vocable de sainte Azénor.

[2] Dun : mot des langues celtiques désignant une place fortifiée

Commenter cet article